Mots en goguette

D’après Guillaume Apollinaire

Les mots dans le ciel des idées
Dansent d’éternelles farandoles
Les échos de mots oubliés
Hantent d’antiques nécropoles

Ceux qui ne sont pas encore nés
Zigzaguent entre plusieurs langages
Une manière de les tester
Et de choisir leur parrainage

Ceux qui se veulent musiciens
Préfèrent des oiseaux les ramages
Les corbeaux, métaphysiciens,
Accueillent des paroles de vieux sages.

Puis, lorsque survient un bipède
Rêvant devant quelque papier
Au cours d’un de ces intermèdes
Où le monde cesse de tourner,

Des mots se glissent entre les doigts
De cet aimable écervelé,
Puis s’amusent de son émoi
Quand il déchiffre ses pensées

Stahlder

Taureau compatissant

D’après le drapeau espagnol

Le sang rouge ruisselle sur une poudre d’or
L’âme de l’animal s’évade de son corps
Et planant invisible sous un soleil de braise
Regarde les humains tassés dans la fournaise

Comme des pantins ivres qu’animent des ficelles
Ils saluent de clameurs ses blessures mortelles
Une hystérie submerge l’ensemble des gradins
Quand un grand coup d’épée vient trancher son destin.

L’âme ainsi délivrée de toute pesanteur
Se fond dans la lignée de ses nobles ancêtres,
Et de ses descendants, les petits veaux à naître,

En poussant un soupir empreint de compassion
Pour l’espèce qu’anime ces morbides passions
Prompte à s’entre-égorger sur des champs dits d’honneur…

Stahlder

Errance d’un Gastéropode

image de Pierrette

Un escargot placide au cours d’un long voyage
Transportant son logis au fil des paysages
Tombe un jour en arrêt devant un coquillage
D’un éclat de rocher, la stupéfiante image

Ce calcaire est une huître qui, douée de raison,
Sait faire bonne figure à notre vagabond
Il lui propose une verre au sein de sa maison

Et lui narre en trinquant toutes ses aventures
Plus de mille surprises (et de mille natures)
Un séjour chez des moines vêtus d’une simple bure

Le rêve d’un goupil au sein de son terrier,
Songe au tréfonds duquel vinrent se réfugier
Une troupe de lutins, voyageurs de passage,
Surpris dans la forêt par les feux d’un orage…

Stahlder

Convivialité

image de Pierrette

Dans une nappe d’ombre tout au fond d’un troquet
Au pied d’un habitué médite un vieux roquet.
L’homme lit son avenir dans la mousse d’une bière
Le chien trouve cela vain mais préfère se taire

Le curé vient parfois s’accouder au comptoir
Après avoir rangé encensoir et ciboire,
Rapiécé sa soutane à la trame élimée,
Il déguste une tasse de café bien serré.

Quand quelque paroissienne passe devant le bistro
Il ne manque jamais d’admirer son chapeau.
Il complimente aussi la vieille tavernière
Même si son tablier semble une serpillère

Ainsi coulent les heures les jours et les saisons
Dans un petit village dépourvu de blason
Au coeur d’une contrée peut-être imaginaire

Stahlder

…ashes to ashes, mist to mist….

image de Pierrette

La vie est un trait de fumée
Qui se dissout dans l’air ambiant
Tant qu’il grimpe il fait l’important
Puis s’efface, désabusé

Combien de temps dure la braise
Fille du feu qui l’engendra ?
Le temps d’une simple parenthèse ?
D’une allumette qui rougeoie ?

Certaines de ces brumes éphémères
S’élèvent paresseusement
D’autres inspirées par le vent

Se tordent en courbes alambiquées
Möbius en dressa l’inventaire
Que je ne saurais démêler

Stahlder

Conte égyptien

image de Pierrette

Un âne se souvient de son lointain ancêtre
Et d’un monstre de pierre dans les sables enlisé.
Contre les flancs du Sphinx il s’était reposé
Réchauffant de son souffle un divin petit être.
(Les nuits dans le désert peuvent certes être glaciales
Après une chaleur que l’on dit infernale)

Ce vénérable aïeul, éberlué, vit soudain
La statue s’animer et en un tournemain
Dans une chope d’étain lui servir une bière.

Le charpentier dormait la tête sur une pierre
Et Marie somnolait en berçant l’enfançon
Leur monture trinqua aussitôt sans façon
Avec son échanson dans la nuit étoilée.

Ce récit traversa bien des générations
Jusqu’au dernier maillon de cette longue lignée
A qui j’offre une pomme quand je longe son pré
Il me le murmura par une nuit sans lune
Où les meules de foin se muèrent en dunes.

Stahlder

Chaînes délétères

Blason de Jeleznogorsk / Zheleznogorsk

Les anneaux de combien de chaînes
Au cours d’une vie nous entraînent
Sur tant de chemins incertains
En tissant d’innombrables liens

Anneaux d’amour, anneaux de haine
Anneaux des deuils, anneaux des peines,
Anneaux d’orgueil ou d’ambition
Qui nous enchaînent à l’unisson
A de bien funestes passions

Mais une figure cabalistique
Dénoue ces boucles fatidiques
Sans oublier un seul chaînon :
Le cercle de l’auto-dérision

Stahlder

Le sang de la treille

 

En son nom ils sont réunis
Rompant le pain, buvant le vin,
Je suis la Voie, je suis la Vie
La Vérité et le Chemin,

L’écho de ces mots retentit
Dans l’âme de ses meilleurs amis
Quand ils taillèrent dans un vieux buis
Leurs douze bâtons de pélerins.

De ce message je retiens
Que lorsque l’on vide une coupe
En compagnie d’un joyeux groupe
A la mémoire d’un défunt

Ses mânes engourdies s’éveillent
Et ses chansons, quelle merveille,
Louant les vertus de la treille
Se mêlent aux rires de ses copains

Stahlder

En ce jardin…

image de Pierrette

Il est dans la nature plantes que l’on consomme
D’autres étiquetées dans certains muséums
Deviennent les icônes de quelque docte herbier
Avec pour compagnons des oiseaux empaillés.
Certaines se dissimulent au milieu des racines
Dans un sous-bois ombreux, qu’à grand peine on devine,
Ou, du sommet d’un arbre narguent le promeneur
Cloué au ras de terre de par la pesanteur.
Celles qui furent épargnées par les bêtes et les gens,
Aussi, par les outrages ordinaires du temps,
Au terme d’une mue certes paradoxale
Sous forme de fossiles, deviennent minérales

Stahlder

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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