Baudelaire voit une montagne

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Photographie de Elina Brotherus

Mon ermitage est comme un chalet de montagne,
Où passe, au fil des jours, ma vie sans grande ampleur ;
Je lis les vieux auteurs français dont j’accompagne
Les vers par d’autres vers, comme on plante une fleur

En un jardin fleuri, mais non sans maladresse :
Je n’ai que le talent d’un modeste jongleur.
La langue cependant, généreuse maîtresse,
M’inspire dans le soir (ou le petit matin)

Des phrases que de mettre en ce lieu je m’empresse,
Avant de m’endormir dans mes draps de satin.
Ce ne sont que fragments qu’ici et là je glane,

Ça n’a point la grandeur des vieux auteurs latins,
Ni l’étrange douceur des brises océanes ;
Ce sont des mots tracés pour vous faire plaisir,
Vous qui lisez ces vers écrits par un profane.

Cochonfucius

Fréchette voit des navires

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Toile de Charles W. Simpson

Les voiles des Français valent celles d’Espagne ;
La flotte avance au vent comme un nuage gris.
Bien des nouveaux terroirs, dès demain, seront pris,
En Amérique, en Chine, en Grande Garabagne.

Priez donc tous vos saints, beaux marins de Bretagne :
Parfois, sur l’océan, le ciel est assombri,
Ou par le fier pirate on se trouve surpris ;
On se dit : j’aurais dû partir à la montagne.

Mais débarquer à l’Ouest, quelle charmante chose :
Les jardins canadiens à la saison des roses,
Baignés dans la lumière et le goût du nectar !

Et les canons du roi, dans un bruit de tonnerre,
Convainquant aussitôt les Indiens débonnaires
D’offrir leur sujétion à ce seigneur vantard.

Cochonfucius

Sur une lointaine exoplanète

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Composition de l’auteur

Dans une plaine aux rochers d’ambre,
Chaque maison est faite en or.
On ne voit personne dehors
Car il fait plus frais dans leurs chambres.

La plaine est peuplée de chimères
Qui font un vin pas trop mauvais.
J’irais là, si je le pouvais,
Boire avec ces braves commères.

D’ailleurs, tu m’y verras, peut-être,
Si tu dors, dans la nuit qui vient,
Et si ton rêve avec le mien
Partage une même fenêtre !

Cochonfucius

La Chimère et le Cerf

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Composition de l’auteur

De chimère et de cerf un entretien charmant
Eut lieu l’autre semaine, en la friche boisée.
Cette conversation fut, d’ailleurs, arrosée
D’un petit vin de Loire, aux arômes gourmands.

Que ne donnerait-on pour de si bons moments !
Nul besoin, pour cela, de l’auberge ardoisée
Ni de la vaste salle aux immenses croisées,
Mais un peu de soleil et d’ombre, seulement.

Vers ces lieux verdissants, la nostalgie m’entraîne,
Ainsi que la saveur du Gamay de Touraine
Par laquelle, en plein jour, un franc gosier fleurit ;

Mais je ne me plains pas : j’ai mes propres feuillages,
Ainsi que la rumeur de mon petit village,
Et puis, n’oublions rien, ma taverne, à Paris.

Cochonfucius

Murmurante église

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image de l’auteur

Trois démons sur l’autel ont déposé des fleurs,
Eux qui ne craignent point d’entrer dans une église ;
Ils consacrent ainsi les biens qu’ils subtilisent,
Auxquels ils n’attribuent pas la moindre valeur.

Un murmure assourdi vient de leur sombre coeur
Qui vibre faiblement, comme sous une brise ;
Dieu sera bienveillant pour leur âme indécise
Qui d’inframonde a pris les sinistres couleurs.

Ils tremblent quelque peu ; est-ce un ange qui passe
Ou un trou noir géant qui traverse l’espace ?
Vers leur triste refuge ils sont prêts à courir.

Les démons de l’Enfer rarement rient ou pleurent,
Eux qui dans cette église aiment passer des heures ;
Femme du charpentier, veux-tu les secourir ?

Cochonfucius

J’étais dans la torpeur profonde

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Toile de Gustave Moreau

J’étais dans la torpeur profonde
Comme une tortue en hiver
Et tes paroles vagabondes
Ont nourri ma prose et mes vers

Notre relation flamboyante
A réchauffé nos deux esprits
Et jamais muse plus charmante
Sur ce terrain ne m’entreprit

J’irai sur les vertes collines
J’entendrai les oiseaux des airs
Ton souvenir tendre illumine
Dorénavant mon univers

Je retrouverai le silence
Même seul je serai content
Rien que pour la ressouvenance
D’un de tes rires éclatants

* * * * *

Cochonfucius

Une bénédiction

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Photographie de Frederick Sommer

Tel, poursuivant son ombre au décours des saisons
En gagna le renom de fou par excellence.
Un jour de Grand Midi, et donc de nonchalance,
A un passant quelconque il donna ses raisons.

L’autre lui demanda : « N’as-tu point de maison
Où tu pourrais t’asseoir, dans l’ombre et le silence,
Nous épargnant ainsi ta folle turbulence ? »
Mais lui, sans avertir, se mit en oraison.

« Seigneur, soyez béni pour ce fantôme obscur
Qui allonge son corps sur les pavés bien durs,
Devant vous, tout le jour, il glisse et se prosterne. »

Le passant retourne à son labeur de manant.
Il voit qu’il ne pourra fouler le continent
Que hante le rêveur, et cela le consterne.

Cochonfucius

Se perdre en forêt

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Toile de Dali

Comme un homme égaré dans la forêt profonde,
Le poète au jardin est traversé d’effroi.
Tout n’est­-il donc que leurre et tristesse en ce monde,
Qu’un acheminement vers le sépulcre froid ?

Vainement aux entours jetant des coups de sonde,
L’égaré ne sait plus comment sortir du bois.
Sur un même sentier sa trajectoire ronde
Le ramène toujours dans les mêmes endroits.

Mais une goutte d’eau quelquefois sur sa lèvre,
Le saut d’un écureuil, la gambade d’un lièvre,
Lui font aimer pourtant la piste, au petit jour.

Il est charmé surtout par l’apaisant silence
Dont est souvent saisi notre univers immense ;
Ce silence est prière au soleil des amours.

Cochonfucius

Et si…

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Toile de Nicolai Abraham Abildgaard

Et si des cauchemars surviennent au matin,
Fais­-leur un bon accueil, ils sont là pour t’instruire.
Ils ne possèdent pas le pouvoir de te nuire.
Rendors­-toi calmement dans tes draps de satin.

Des poètes savants l’ont écrit en latin :
Dans un cerveau nocturne on peut voir s’introduire
Des monstres fabuleux, menaçant de détruire
L’esprit désemparé que leur fureur atteint ;

Certes, ton âme tremble aux éclats de leur voix,
Et leur brûlant regard t’éveilla mainte fois,
La sueur inondant tes oreillers de plume.

Mais l’esprit les absorbe, ainsi qu’un océan,
Et dans sa profondeur dissout leur corps géant
Dont il ne restera qu’imperceptible écume.

Cochonfucius

Dans l’ombre

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Composition de l’auteur et Staragora

Rimailleur qui noircit des pages
(Y compris celle d’aujourd’hui)
Rarement son coeur introduit
Dans ses chants ; ce serait peu sage.

Comme à sa fenêtre un voilage,
Les métaphores, jour et nuit,
Protègent le sens, qui s’enfuit,
Empruntant un autre passage.

Par ce silence qui perdure
Sont soignées d’anciennes blessures ;
Le barde ne les perçoit plus.

À des sentiments trop lisibles,
Préférons la marque invisible
D’un mot que personne n’a lu.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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