Serpent dans l’herbe

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Toile de William Blake

Le serpent au jardin fait sa digestion lente.
Il n’a pu s’empêcher d’avaler le fruit lourd
Qui devient dans son corps une liqueur brûlante ;
Il a presque oublié ce qu’il fit, l’autre jour.

Il revoit vaguement les deux bêtes parlantes
Qui ont pris le chemin de l’exil, sans recours.
Il voit qu’on a mis fin à leur vie indolente
Pour les lancer dans un aventureux parcours.

Il digère le fruit dans la verte pénombre.
Adam, fort loin de là, contemple un reflet sombre
Et bien plus menaçant que les lueurs du soir.

Ève, en dormant, sourit, car elle a connaissance
Que d’elle un enfant va bientôt prendre naissance :
Que lui importe alors la question du savoir ?

Cochonfucius

Un hommage

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Photographie de Elina Brotherus

En rêve j’entendis une chanson gitane
Destinée au flâneur qui vers l’horizon fuit,
Non pas loin du travail, non pas loin de l’ennui,
Mais vers la dune où meurt la lueur océane.

Son surmoi le poursuit, disant, tu es un âne,
Et nul des deux ne voit où la route conduit.
Il n’importe. Aussitôt que tombera la nuit,
Adviendra cet instant où leur conflit se fane.

J’écris ces quelques mots, bien posé sur mes fesses,
Mon corps en écrivant nullement ne s’affaisse ;
Je ne sais si ces vers passeront à l’oral.

Or, des mots d’une amie, avoir été la cible,
Voilà que monte en moi une humeur indicible :
Le pur ciel de midi en devient sidéral.

Cochonfucius

Sagesse d’un aubergiste

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image de l’auteur

— S’il vient un cavalier, j’apporterai un seau
D’eau fraîche que j’aurai tirée de la rivière
Pour sa fière monture ayant, de la poussière
Des arides chemins, subi les durs assauts.

— Aubergiste, attention, des fous remplacent l’eau
Du seau par des boissons plus fortes que la bière,
Donnant à leur cheval de curieuses manières
Et d’étranges façons d’avancer au galop.

— S’il passait par ici ce genre de client,
J’aurais soin, ce jour-là, de me montrer liant ;
J’aurais bien du plaisir à lui offrir un verre.

— C’est gentil de ta part de vouloir l’inviter,
Mais il te répondra qu’il ne peut accepter :
Sobriété en route est sa règle sévère.

Cochonfucius

Taverne de sinople

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Illustration de Ray Lederer

À l’heure où plus d’un s’endort,
À boire l’on me convie ;
Loin de la foule asservie,
Savourons des alcools forts.

L’ivresse prend son essor,
Les poèmes prennent vie.
Pour la muse inassouvie,
Des verres pleins à ras bord.

Ah, muse de la taverne,
Le grand prix je te décerne,
Dont tu peux tirer orgueil.

Tu as vaincu ma paresse
Cent fois mieux qu’une maîtresse
Ou que la peur du cercueil.

Cochonfucius

Arthur et le déluge

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Toile de Dali

Le déluge s’assoit et le lièvre s’arrête.
Cachés sont les trésors, et visibles les fleurs.
L’avenue se remplit d’innombrables vendeurs,
La mer est en gradins, vagues crête sur crête.

Coulent le sang vermeil, le lait que le veau tète ;
Fume le mazagran du castor bâtisseur,
Coule l’eau sur la vitre auprès d’enfants rêveurs ;
L’un d’entre eux a montré le vent aux girouettes.

Une dame établit un piano sur les cimes.
Un hôtel est bâti dans les lointains ultimes.
Vers la lune a crié au désert un chacal ;

Si le printemps ici vient à trouver refuge,
Nous allons demander le retour du déluge :
Autrement se taira la Dame de Cristal.

Cochonfucius

La tour archiépiscopale

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image de l’auteur

L’archevêque en son gîte est-il mélancolique ?
Ce n’est pas un placard, c’est une large tour ;
Un barde y composa des chansons bucoliques,
Cependant qu’une muse ajustait ses atours.

À lire du latin l’archevêque s’applique,
Des auteurs de jadis il veut faire le tour ;
Ses livres sont rangés de façon bordélique,
Des papiers mal triés s’étalent alentour.

Quelle sagesse fut par ce vieillard atteinte ?
Perdu par la lecture, il connut peu d’étreintes,
Mais ce sont des soucis dont à rire il parvient.

Sa plume quelquefois trace une phrase brève
Pour transmettre un écho de la saveur d’un rêve ;
Ce n’est pas tous les jours, c’est quand il s’en souvient.

Cochonfucius

Tripodes arctiques

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image de l’auteur

La moitié de l’année les voit sous des cieux sombres,
Et, pendant cet hiver, leurs yeux luisent dans l’ombre ;
Si, sur le littoral, s’échoue un cachalot,
Ces tripodes gloutons surviennent au galop.

Ils mangent à leur faim, puis ils longent la côte,
Ils y mouillent leurs pieds lorsque la mer est haute ;
Nous aimons contempler ces animaux géants
Qui sourient, semble-t-il, de leurs mufles béants.

Ils errent par les monts, dévalant les cascades,
Traversant les glaçons qui forment des arcades,
Puis, assis au milieu d’un plateau rétréci,
Disent : « Le plus charmant des jardins, c’est ici ! »

Cochonfucius

Pratchett voit des hippopotames

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image de l’auteur

Jamais nous n’enfilons une chemise blanche,
Nous nous promenons nus, la nuit comme le jour !
Pourquoi un caleçon vêtirait-il nos hanches ?
Notre écu nous suffit pour aller à la cour.

À la guerre, peut-être, un heaume noir nous voile
Car de n’en pas porter ne serait pas rusé ;
À danser et rimer sous les froides étoiles,
Nous n’avons jamais craint, c’est vrai, d’être exposés.

Nous rêvons, en dansant, à des gazelles brunes,
À de beaux échassiers se montrant sans apprêts,
Et puis à des jardins sans clôture importune :
Ainsi passent nos nuits, lorsque l’air est bien frais.

Cochonfucius

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Ankh-Morpork, Wikipedia.

Célébration dionysiaque

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image de l’auteur

«Le vin est un trésor», dit un auteur latin
Dont je répète ici les propos séculaires ;
Il apaise le coeur, il endort la colère,
Il nous réconcilie avec notre destin.

Il est certes plaisant de boire de l’eau claire
Ou du café bien fort, dans le petit matin ;
Mais, dès que le soleil rougit dans le lointain,
C’est, sans comparaison, le vin qui doit nous plaire.

Au lieu de tant parler, prends donc ton verre, et bois ;
Hermès t’a sous sa garde et Bacchus te contemple,
Ces dieux sont amicaux, la taverne est leur temple.

Tavernier, viens servir les buveurs aux abois,
Que la plus douce ivresse accompagne leurs fêtes;
Ainsi nous l’ont prescrit le barde et le prophète.

Cochonfucius

 

Buisson de sinople

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image de l’auteur

Ce buisson de sinople au désert peut survivre ;
La sève est pourtant rare au creux de ses vaisseaux.
Dans la nuit, on entend les démons se poursuivre,
Jamais, à cette plante, ils ne donnent l’assaut.

Loin du val qui fleurit et que l’averse enivre,
Cet arbuste a choisi le sable pour berceau.
L’herboriste Linné le raconte en un livre
Où quelques rois du monde ont apposé leur sceau.

Le vent sec lui conserve une belle jeunesse,
Il voit venir le soir sans crainte ni tristesse ;
Il pense que pour lui, le ciel fut indulgent.

Il aime savourer le parfum de la brise.
Il est bien accroché, par sa racine grise,
Aux profondeurs du sol, à l’espace, et au temps.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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