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Le seigneur Coq d’Azur

image de l’auteur
Jamais il ne sourit, qui sait ce que ça cache,
Une absence de coeur, une froideur du sang ?
Ce n’est pas un poulet, car c’est un coq puissant,
Mirabelle l’a dit, c’est une sainte vache.
Si à plus d’une poule au printemps il s’attache,
Son désir se retrouve, en été, décroissant ;
Mais il aime accueillir des poussins ravissants,
Il s’amuse avec eux, jouant à cache-cache.
En ce poulailler sont des habitants heureux,
Des poulettes je vois les regards amoureux,
Jamais ne vient ici le goupil diabolique.
Ce coq aime citer des vers d’Albert Samain
Ou des textes sacrés, qu’on dit apostoliques,
Lui qui jamais n’aura souci du lendemain.
Presque un cauchemar

Pierrette en Héraldie
Éclairs et tonnerre
Dans ce noir rêve automnal,
La chambre résonne.
Trois taches

Toile de Andy Warhol
Trois taches de pinard sur une lourde nappe,
Et puis le tavernier m’a piqué tout mon blé.
Cochonfucius, de vin et de rêve comblé,
Sent son esprit chargé d’une pesante chape.
La lourde nappe évoque une bourbeuse plaine
Où doit vagabonder notre coeur dépeuplé,
Guidé par un cerveau un peu désassemblé,
Rempli de lassitude et d’une force pleine.
Or, Sandra devient une inaccessible reine
Prisant l’érudition en son illustre cour.
Sur un joli plateau qu’il porte avec amour,
Le roi offre des toasts auxquels on touche à peine.
Edgar Faure hurle et court par-delà l’horizon.
Les taches de pinard font comme un archipel
Et plus d’un crocodile y entend les appels
De son pluvian qui veut qu’il rentre à la maison.
Les taches de pinard font une cathédrale
Et plus d’un crocodile y étale sa gueule
Qui s’ouvre d’autant plus qu’elle n’est pas la seule
A peupler ces lieux saints d’une forme animale.
Deux litres de pinard font de la vie sur terre
Un bonheur nonchalant au goût de vin nouveau.
On oublie les embrouilles, on oublie les travaux,
On savoure sans fin une joie solitaire.
Je ne peux plus marcher, la route est bien trop droite !
J’ai l’estomac danseur, le coeur entre les dents,
Mon cerveau, désormais ouvert à tous les vents,
Ne pourra plus franchir aucune porte étroite.
(…)
Or, nous te demandons, refuge du buveur,
D’être notre domaine et notre observatoire,
Pour vivre vainement notre futile histoire,
Et contempler de loin ce monde et sa ferveur.
Pour Albert Samain

Toile de Agnes Toth
Notre vie se fragmente avant qu’on ne la brise ;
Chaque fois qu’on renonce à passer aux aveux,
À prendre l’occasion fugitive aux cheveux,
C’est un peu de notre âme envolée dans la brise.
Quand, sur de beaux portraits, nos regards s’électrisent,
La flamme parcourant le système nerveux
Brille de plus d’éclat qu’un milliard d’autres feux ;
Mais souvent, c’est en vain qu’un pauvre coeur se grise.
Ce coeur ne monte pas, tel un nuage, aux cieux
Vers lesquels on nous voit, la nuit, lever les yeux.
Il s’endort dans le froid, s’éveille dans la brume,
Avance au long du jour, porté par des soupirs,
Et garde au creux de lui, profond, le souvenir
D’avoir été, jadis, léger comme une plume.
Vapeur

esdelicesdeletiss.com
Elle goûte et hume
Des petits légumes
Cuits à la vapeur
La marmite fume.
Et dans le volume
Glougloute l’écume
Posant sa torpeur
Lunettes de brume.
Un peu d’amertume
Au zeste d’agrume
Fog enveloppeur
Et s’enfuit le rhume.
En réponse à « Herpétornis »

image de l’auteur
Je vole et je n’ai pas de plumes,
Par instants mon souffle s’allume ;
Un seul de vos dieux me fait peur,
Celui qui frappe son enclume.*
Mes amis et moi, nous voulûmes
Enlever les petites glumes
Des épillets, le dieu tapeur
Nous aida puis nous les moulûmes.
Pierrette
Herpétornis

image de l’auteur
Je vole et je n’ai pas de plumes,
Par instants mon souffle s’allume ;
Un seul de vos dieux me fait peur,
Celui qui frappe son enclume.
L’oiseau qui chante comme Bob Dylan

image de l’auteur
L’oiseau peut imiter un chanteur d’un autre âge,
Mais il n’est qu’un rhapsode et pas un orateur ;
Il peut signer son nom pour ses admirateurs,
Trouvant un instrument dans son noble plumage.
Il connaît quinze chants, ou même davantage,
Lui qui sut inspirer plusieurs compositeurs ;
Lorsque d’autres oiseaux viennent en visiteurs,
Il aime s’imprégner de leurs divers ramages.
Il récite un sonnet quand il va faire nuit,
Il compose des airs dès que le soleil luit ;
Il se souvient toujours des propos de son Maître.
Aux grands auteurs latins il n’est pas étranger,
Sa mémoire d’oiseau les a tous engrangés ;
Il est considéré comme un homme de lettres.

