Sous les rafales

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image de l’auteur

Un ermite contemple une branche qui tombe,
Bois mort qu’ont détaché les rafales d’hiver ;
Le vent a dispersé les ornements des tombes
Et fait trembler sur pied les cyprès toujours verts.

Le vieillard se promène, arrosé par les trombes ;
Il a si souvent vu s’agiter l’univers
Qu’à des effrois communs, rarement, il succombe,
C’est doux d’aller au vent, quand on est bien couvert.

Le cimetière exhale une odeur de forêt ;
Presque aucun visiteur aujourd’hui n’y paraît,
Au milieu d’une allée danse une fleur séchée.

— Tu n’es pas à l’auberge, avec ce mauvais temps ?
— Je préfère être ici ; mais je boirai pourtant
La bouteille qu’auprès d’un tombeau j’ai cachée.

Cochonfucius

La plume

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Dessin de Beverly Marshall

Qui dira les pouvoirs d’une vibrante plume
Quand la partie adverse est imprégnée d’écume
Quand les corps sur le lit sont des bestiaux qui fument
Coeur contre coeur battants deux silex qui s’allument

Puis la plume devient la pénétrante lame
Qui s’introduit au fond d’un volcan plein de flammes
Dans l’écho des deux voix qui leur bonheur proclament
Tandis que dans les airs des anges les acclament

Oubliant cette vie oubliant nos problèmes
Perdus dans cette danse en forme de poème
Devenant de l’amour le composite emblème

Soudain quand nos deux corps ne trouvent plus la rime
Ils quittent à regret les rivages sublimes
Tremblant à l’unisson dans un soupir ultime

Cochonfucius

La chute d’une branche

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image de l’auteur

Sous la rafale noire, une branche qui tombe,
La fleur périt avant que survienne l’hiver ;
Le promeneur alors songe à sa propre tombe
Même si, près de lui, les feuillages sont verts.

Un jour il ne pleut pas, plus tard vient une trombe,
Tout cela ne saurait déranger l’univers ;
Mais nous devons pleurer sur la vie qui succombe,
Sur le corps refroidi, d’un linceul recouvert.

Les croix du cimetière, une grise forêt,
Le soleil comme ailleurs y passe, et disparaît ;
Par-dessus les tombeaux dorment des fleurs séchées.

C’est le prix à payer pour traverser le temps,
Mais nul ne portera son propre deuil, pourtant ;
Mort, nous te préférons quand tu restes cachée.

Cochonfucius

Pichets

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Photographie de Robert Doisneau

Patron, remplissez les pichets,
Aujourd’hui c’est jour de débauche !
Violoncelle, un bon coup d’archet
Pour tes airs de la Rive Gauche.

En buvant le soir à Paris,
On traite des sujets immenses ;
Et quand chacun est un peu gris,
On se sent rempli de clémence.

Le vin blanc est tenu au frais
Juste à côté du jus d’orange ;
Et d’autres breuvages sont prêts
Pour ceux qui ont le goût étrange.

L’un demande un café au lait,
L’autre une anisette, il me semble,
Hâtez-vous, patron, s’il vous plaît,
Il nous tarde de boire ensemble.

Donnez-nous des vins étrangers
Et des dattes de Palestine,
Des gâteaux de fleur d’oranger
Et des grillades de sardines ;

Du vin des vignes de Sion,
Du nougat, des crêpes dentelles,
Et des fruits de la Passion
Et des tranches de mortadelle.

Parmi le murmure des voix
Nul n’aperçoit le temps qui passe,
Tournent comme chevaux de bois
Les heures dans l’ombre avec grâce.

Un buveur parle avec les mains,
Un autre fait des gestes vagues
Et dit, de sa voix de gamin,
Des anecdotes et des blagues.

Un autre fouille sans effroi
Dans les profondeurs de son âme ;
Le dernier se prend pour un roi
Mais tremble devant une femme.

De leurs yeux à moitié ouverts
Ils voient les faces coutumières ;
Le reflet d’un liquide vert
Met du destin dans la lumière.

Ils ont moins soif, ils ont moins faim,
Et leur regard qui tout englobe
Admire les corps féminins
Et les vives couleurs des robes.

Voici Dionysos triomphant
Qui leur parle, sans mignardises,
De sa voix d’éternel enfant
Qui se gave de friandises.

Et la muse du cabaret
Qui capte ce discours en marche
L’écrit sur la nappe, à grands traits,
Pour en retenir la démarche.

Ainsi se sont passés mes jours :
Il faut que j’en trace la fresque
Mise en couleurs, avec amour.
Ça pourra vous amuser… presque.

Cochonfucius

Robert voit une girafe

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Photographie de Man Ray

Robert, plaisantin, poète,
Fou du sud et fou de l’est,
Tu sais raconter les bêtes,
Fou du nord et fou de l’ouest.

Tu ne croyais pas au ciel,
Dieu du sud et dieu de l’est,
Mais à l’amour éternel,
Dieu du nord et dieu de l’ouest,

À la rose, à l’hirondelle,
Fleur du sud et fleur de l’est,
À la muse au coeur fidèle,
Fleur du nord et fleur de l’ouest,

À ton art de polygraphe,
Chant du sud et chant de l’est,
Applaudi par les girafes,
Chant du nord et chant de l’ouest.

Cochonfucius

La liberté

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Peinture traditionnelle chinoise

Je ne leur ferai plus la guerre
Qu’ils crèvent de leur ambition
Marchands de soupe et de galère
Et marchands de révolution

Mieux vaut la sagesse précaire
D’un ermite en méditation
Mieux vaut dormir mieux vaut se taire
Qu’entrer dans leurs machinations

Si je meurs dans les ans qui viennent
Que de ma vie je me souvienne
Sans tristesse ni sans fierté

Je n’ai acquis nulle richesse
Ni accompli nulle prouesse
Mais j’ai gardé ma liberté

Cochonfucius

Absolu concubine

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Toile de Irena Aizen

J’avais lambiné dans le petit jour à nettoyer les crocs d’un attrayant bestiau que, tranquillement, je domestique. C’est un animal qui se caractérise par la mobilité indépendante de ses yeux, sa langue protractile qui lui permet d’attraper ses proies à distance, les doigts groupés en deux blocs opposables assurant une bonne prise sur les branches, et sa capacité à changer de couleur. Ce jovial être vivant grilla, selon sa coutume, plusieurs sèches, puis je m’en allai.

Entre deux étages, je la croisai. « Je lavatère arborescente », prononça-t-elle cependant que pour ma part, je macle à total firmament à son oeillade qui cours d’eau vers ma personne. Or, il cadenas et, patronne ! Tu boiserie qu’a beau récipient je me siège si les voies sépulcres.

Les marches, toujours les marches qui étagère et le peuple en-dessous plus gouffre que l’astre du jour ne clarine.

Retournons vers le sommet ! mais sans résultat, les remembrances se pilchard ! tout juste, tout juste un rond de chorizo cagnotte-t-il. Dégringolez, dégringolez ! En voici la sentence : « La ballerine sera passée par les armes au point du jour avec ses pierreries sacrifiées à la combustion de son substrat matériel. L’ichor des pierreries, guerriers ! »

Mince alors, déjà la psyché. Patronne tu dalle de sable et si les nuées de tantôt grémillet, elles blutoir dans la sempiternellement contemporaine immuabilité.

Cochonfucius

Antimécanoptère

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image de l’auteur

L’antimécanoptère, une entité discrète,
Quand il vole au printemps ça fait battre son coeur ;
Mais quand l’automne arrive, il est plein de langueur,
Aristote en son oeuvre aux anciens jours en traite.

Ses amis sont lointains, sa demeure est secrète,
Ses grandes ailes sont d’une sombre couleur ;
Il semble n’éprouver ni plaisir, ni douleur,
Lui qui son jeune temps nullement ne regrette.

S’il visite un village, il se cache en un puits,
Vérifiant qu’en ce lieu personne ne le suit ;
D’ailleurs, même au grand jour, nul n’a vu son visage.

La tradition de l’Inde en offre un témoignage,
Qui nous présente même une fable sur lui ;
Seulement, c’est écrit en un obscur langage.

Cochonfucius

Litanie de Saint Tripode

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image de l’auteur

Saint Poziom, Saint Bollik, priez pour nos chevaux,
Saint Griffon, Saint Gulier, priez pour nos rizières ;
Saint Pliste, Saint Simpson, protégez nos rosières,
Sainte Marie Pas Claire, éloignez nos rivaux.

Grand Saint Regenbogen, bénissez nos travaux,
Beau Saint Martin Pêcheur, abritez nos croisières ;
Sainte Iris, Sainte Hélène, absolvez nos chaisières,
Saint Mort, Saint Trépassé, veillez sur nos caveaux.

Modeste Saint Walfroy, rendez-nous un peu sobres,
Noble Saint Graphomane, évitez-nous l’opprobre ;
Joli Saint Emplumé, clarifiez nos discours.

Gentil Saint Volatile, exorcisez nos peurs,
Brave Saint Pif le Chien, gardez-nous des trompeurs ;
Heureux Saint Idolastre, apprenez-nous l’amour.

 

Clé du Jardin des Oliviers

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image de l’auteur

Ce jour se montra sombre et cette nuit fut noire,
Que les chauves-souris traversaient au hasard ;
Le fils du charpentier posait son doux regard
Sur le reste du vin qu’il eut plaisir à boire.

Il tenait une clé, non celle de la gloire,
Mais celle d’un jardin aux oliviers blafards ;
Il dit à ses amis «N’ayez pas le cafard,
Car je serai vivant pour qui pourra le croire».

Il priait, entouré de sa troupe au complet,
À son père disant tous les mots qu’il fallait ;
Son âme souffrait tant que je ne sais le dire.

Madeleine, rêveuse, au son de cette voix,
Demande au Créateur de raffermir sa foi ;
Mais ce qu’elle pensait, je ne veux pas l’écrire.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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