Un fantôme

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Toile de Charmaine Olivia

Cette intervention est un hommage à Wystan Auden.

Cochonfucius naquit, se trouva parmi nous, jamais près d’un autel ne se mit à genoux. Il est sérieux comme on peut l’être et ne connaît pas ses ancêtres.

Il sait pourtant qu’il a un père, mais là ne va point sa prière. Il n’a du sentiment filial qu’en son sommeil paradoxal.

Le maître, en ivresse légère, entend, de la voix de son père, cette édifiante lecture : « Bienheureux qui a le coeur pur ».

En décembre et dans la froidure, que n’est aucune chose mûre, il vagabonde sans arrêt, suivant la route et ses lacets.

En décembre, en un froid polaire, voit un fantôme au cimetière qui d’un trésor l’a gratifié : c’est le fantôme d’un caissier.

En décembre où gèle la plaine, il croit à sa fortune à peine, mais il remercie poliment et jette ses vieux vêtements.

Il prit un logis confortable dans un endroit bien respectable ; le fantôme eut un oeil sur lui comme un chat sur une souris.

Ses disciples, les joyeux drilles, ont voulu le mener aux filles, samedi soir, pour s’amuser; il a poliment refusé.

Et dans le temple des bouleaux, il offrit un cierge, et un gros. « Ma foi, dit-il, je suis bien brave, mais ma timidité m’entrave ».

Le maître à sa chambre est monté, les démons viennent l’affronter, mais avec une aide invisible, il échappe à leur troupe horrible.

C’est du printemps le premier jour. Le fantôme, d’un bel amour prenant la voix et le visage, s’est introduit dans le village.

Il prend le corps d’une écolière et le rire d’une rosière, mais il peut, d’un baiser brûlant, enivrer l’amant d’un instant.

Il se revêt d’une parure de douce et d’épaisse fourrure. Le maître, en montant l’escalier, d’amour fut pieds et poings lié.

Au fantôme il fait des avances, c’est le début d’une romance. Et puis la chose a perduré, plus d’un disciple en fut gêné.

Le maître ayant brisé la glace, le fantôme a fait la grimace : « Ah, pauvre humain, tu as bien tort, bien malheureux sera ton sort ».

Quand ensemble ils se promenèrent, advint la demande dernière, le fantôme en un long baiser lui dit « Oui, tu dois m’épouser ».

À l’été advint leur union, rien jamais ne fut plus mignon, hormis Pâris avec la reine qui se nomme Hélène troyenne.

Mais lors de la saison suivante, un vieux magicien se présente et démasque l’esprit trompeur qui prend la fuite à grande peur.

Sur cela le maître disserte auprès de sa porte entr’ouverte : « Par ma foi, je fus le dernier, déclare-il, à m’en méfier ».

Le pauvre fantôme en alerte auprès de la porte entr’ouverte entend les gars dire comment le maître s’est cru son amant.

Sort le fantôme du village, puis il se perd dans ses parages et tombe aux sinistres faubourgs. Il chante une chanson d’amour.

Le fantôme est face au couchant. Au grand vide il va demandant : « Seigneur, êtes-vous dans la nue ? » Le ciel dit « Adresse inconnue ».

Le fantôme voit les sommets que la neige orne d’un plumet : « Maître, ai-je agi à votre guise ? » « Aucunement », répond la bise.

Le fantôme parvient aux bois : « Maître, reviendrez-vous à moi ? » Mais les grands arbres, de leur front ont tremblé pour lui dire « Non ».

Le fantôme est au pâturage où le vent produit son ramage : « Maître, mon amour fut si grand »… « Mais il mourra », lui dit le vent.

Le fantôme est à la rivière à l’eau si profonde et si claire : « Maître, ne sais ce que je dois »… « Dormir », lui dit le ruisseau froid.

Le fantôme est dans la nuit moite, un jeu de cartes en sa main droite. Le fantôme à table se tient, « Mon amour est là qui revient ».

Point n’a pris Valet de carreau ni l’Excuse de son tarot, ni Roi fou ni Dame perverse, mais l’As de pique à la renverse.

Le fantôme est devant la porte, il ne dit mot d’aucune sorte. « Quand reviendra mon cher époux ? » Ne reviendra ni peu ni prou.

À sa gauche une voix l’exhorte, à sa droite une autre voix forte, la tierce voix en son cerveau disant « Retournons au tombeau ».

Le fantôme est dans la peur grande, ses traits se figent et se tendent, « Maître, il eût mieux valu pour vous ne jamais venir parmi nous ».

Le fantôme a quitté la table en poussant un cri pitoyable, comme un qui retourne à la mort, comme un cauchemar quand on dort.

Derrière un linge se cachant, d’un sceptre de roseau s’armant, ne peut fuir les voix qui l’incitent à prendre son ultime fuite.

La porte il ouvre avec violence, en sa galopade il se lance, puis il monta les escaliers allant jusqu’au dernier palier.

Le fantôme en pleurant son sort se prenait à chanter bien fort « Je suis, sur ces marches rougies, la résurrection et la vie ».

Le fantôme sans pieds ni mains croyait voir le bout du chemin ; il dit « Je suis Jean le Baptiste, et je suis Fils de l’Homme et Christ ».

Le fantôme redevient femme adorable, et ensuite il clame : « Je suis l’Alpha et l’Oméga, celle qui tous vous jugera ».

Cochonfucius

Poissons musicologues

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image de l’auteur

J’entendis les poissons fredonner sous les eaux,
Eux qui improvisaient sur des rythmes sauvages ;
Le son se propageait tout au long du rivage,
Amusant les pêcheurs, surprenant les oiseaux.

Cependant les grillons chantaient dans les roseaux,
Faisant même danser les vaches sur l’herbage ;
Un invisible chat miaulait dans le bocage
Et l’aragne du bois dévidait son fuseau.

Sommes-nous en avril, que les poissons délirent ?
Ou peut-on croire qu’ils deviennent poissons-lyres,
Ou poissons d’un poème, ou poissons de roman ?

Peut-être ont-ils reçu des lumières divines,
Personne ne le sait, mais certains le devinent ;
Il leur reste à trouver des auditeurs cléments.

Cochonfucius

 

Sagesse du lynx

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image de l’auteur

Le lynx contemplatif a parcouru la plaine,
Observant mille objets, de loin comme de près ;
Lui, seigneur de la steppe et roi de la forêt,
Je sais qu’il garde en paix son âme plus qu’humaine.

Laissant glisser sur lui le plaisir et la peine,
Sur tous les vains désirs il a tiré un trait ;
Il arbore un blason qu’illustre son portrait
Dont tu peux admirer la posture sereine.

Des plus divers gibiers il trouve son bonheur,
C’est pour lui un festin auquel il fait honneur ;
La saison est clémente et la lynxette est belle.

Le fier lynx représente un exemple pour nous,
Car ce grand prédateur est très fort et très doux,
Qui marche lentement sous la lune nouvelle.

Cochonfucius

Chèvre de guerre

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Image d’Herald Dick

La chèvre d’or s’avance au long des murs de marbre,
Alexandre le preux ne craint aucun combat ;
Les esprits de la nuit, tout autour, parlent bas,
L’appel d’un noir hibou surgit parmi les arbres.

La muse d’Alexandre a croisé son chemin,
Implorant sa pitié pour un noble adversaire ;
Et le grand combattant, plus brave qu’un corsaire,
Ne sait s’il va frapper ou retenir sa main.

La chèvre d’or s’arrête auprès du dernier mur ;
Des arbres nous parvient le plus profond silence.
Le héros, dont le coeur en cet instant balance,
Contemple, au bord du ciel, quelques lambeaux d’azur.

Cochonfucius

Grandeur de la baleine

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image de l’auteur

La baleine traverse un océan vermeil,
Assistée par le flot des courants de surface ;
Ceux qui viennent du Nord, portant des blocs de glace,
Ceux qui viennent du Sud, imprégnés de soleil.

Je la vois naviguer dans un demi-sommeil,
Alanguie quelque peu, sans être vraiment lasse ;
De beaux poissons volants quelquefois la dépassent,
Qui emplissent l’azur d’un éclat sans pareil.

Le noble cétacé nage sans s’arrêter,
Pas même pour manger, pas même pour chanter,
À l’aise dans ce corps qui jamais ne lui pèse.

Un fier requin pourchasse un espadon qui fuit,
Un homard imposant déambule sans bruit,
La sirène est rêveuse et les poissons se taisent.

Cochonfucius

Joie d’écrire

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image de l’auteur

Cette page d’écran a la blancheur du cygne,
J’y dépose des mots formant constellation
Pour dire mon sourire et ma jubilation
Devant le ciel poète et ses milliers de signes.

– Petit primate humain, te crois-tu vraiment digne
De ce cosmos grandiose et de sa vibration ?
Et que sont, en regard, tes élucubrations
Qui ne font qu’ajouter des lignes à des lignes?

– Digne ou non, j’écrirai, comme chante l’oiseau,
Comme souffle le vent au travers des roseaux,
Comme au creux de l’air tiède un jeune orage gronde.

Et que témoignent l’arbre, et la plaine, et le vent,
Que je ne cherche rien de plus, en écrivant,
Que de dire ma joie de la beauté du monde.

Cochonfucius

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Héraldie

Sagesse d’une vache

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image de l’auteur

La vache Mirabelle aime les évidences
Et de notre univers découvrir quelques lois ;
Elle aime également se perdre dans les bois,
À l’aventure un peu, mais sans nulle imprudence.

C’est un fait, les bovins détestent l’ignorance,
De chaque phénomène ils cherchent le pourquoi ;
Mirabelle s’instruit aussi, comme il se doit,
Sur la métaphysique et l’histoire de France.

Par les prés familiers laissant errer ses yeux
Ou profitant des nuits pour contempler les cieux,
Elle savoure ainsi des visions de lumière.

Fertile est ton esprit, dévoreuse de foin,
Pour trouver son égal il faudrait aller loin ;
Du Bellay te dirait des vaches la première.

Cochonfucius

Par le trou de la serrure

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image de l’auteur

Trou de serrure, on y découvre un monde
Orné de fleurs, embelli de chansons ;
D’y regarder, ce n’est pas des façons,
Pourtant notre âme en indulgence abonde,

Car les humains sont des êtres qui sondent
Le territoire auprès duquel ils sont ;
Au grand jamais nous ne nous en lassons,
Nous explorons les cachettes profondes.

Comment savoir où la porte conduit,
Comment juger de ce qui se produit
En cet endroit que les rayons traversent ?

Les chants joyeux, les entraînants refrains
Semblent issus d’une gaîté sans frein
Qui dans nos coeurs par ce trou se déverse.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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