Illusion

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Toile de Edvard Munch

Dans un sommeil ténu
Il crut être avec elle.
Son épaule était nue
Et la nuit était belle.

Mais qu’ont-ils donc fait là ?
La fleur épanouie
Tenue entre leurs bras,
D’un seul coup s’abolit.

Et ce feu dans les coeurs,
Et ce violent émoi,
N’en resta que malheur
Pesant de tout son poids.

La poésie mourra ;
Et sa calme beauté
Au jour de son trépas
Cessera de chanter.

Cochonfucius

Lagarde et Michard

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image de l’auteur

Aragon fait chanter ma mémoire emmêlée
Aux accents de Brassens, juste avant le sommeil ;
Borges signe un sonnet à nul autre pareil
Où le Temps voit tourner la voûte constellée.

Par Camões les lois finement révélées
Expliquent en détail le trajet du soleil ;
Desnos le magicien met mon coeur en éveil,
Il dit des vérités que nul n’a décelées.

Eluard sait le ciel où vont des astres bleus,
C’est de la poésie qui scintille à mes yeux ;
Pages que je parcours, le soir, au fil des heures,

Où la vie est décrite avec sobriété.
À des vers d’amateurs vous je peux aussi goûter,
Dont, année par année, se remplit ma demeure.

Cochonfucius

Sortie

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Illustration Uderzo

Cette intervention est un hommage à René Goscinny et à Wislawa Szymborska.

Je cherche la sortie de la pyramide.

  • C’est bon, laisse-moi sortir. J’ai assez vu ton intérieur, il me sort par les trous de nez, car je l’ai respiré à fond.
  • Mais, dit la pyramide, je suis fermée à double tour. Même brisée en mille morceaux, nous serons encore fermés. Même broyés en poussière nous ne laisserons sortir personne.

Je cherche la sortie de la pyramide. – C’est bon, laisse-moi sortir. J’étais venu par pure curiosité, j’ai saisi une occasion. Je t’ai visitée sous toutes les coutures, mais là je veux voir la feuille et la goutte d’eau. Je n’ai pas beaucoup de temps pour tout cela. Ma stupidité devrait t’émouvoir.

  • Je suis une pyramide, dit la pyramide. Je suis bien obligée de ne pas trop m’ouvrir. Tais-toi, je n’ai pas de cortex auditif.

Je cherche la sortie de la pyramide. – C’est bon, laisse-moi sortir. J’ai assez vu tes salles grandes et vides, tout cela ne serait pas arrivé dans un menhir.

  • Un menhir, dit la pyramide, je veux bien, mais de place il n’en offre guère.

Je cherche la sortie de la pyramide. – C’est bon, laisse-moi sortir, je ne cherche pas en toi un refuge pour l’éternité. Le monde qui est le mien mérite qu’on y retourne.

Je cherche la sortie de la pyramide.

  • Je n’ai pas de sortie, dit la pyramide.

Cochonfucius

Roseaux

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Toile de Caspar David Friedrich

Les roseaux sont un peu bavards ;
Si le poète avec la muse
En leur voisinage s’amuse,
Ils en parleront aux canards,

Aux écureuils et aux renards,
À la hulotte et à la buse.
Car les roseaux n’ont nulle ruse,
La forêt leur est boulevard ;

Ils ont rendu public, hélas,
Le handicap du roi Midas
Qu’il ne voulait dire à personne ;

Gentille muse, vieux conteur,
Allez plutôt sur la hauteur
Qui d’aucune voix ne résonne.

Cochonfucius

Trois lunes d’hermine

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image de l’auteur

Lunes sur un monde sans voix,
La nuit les admirent les pages ;
Le premier d’entre eux qui les voit
Les annonce à tout l’équipage.

Pour eux, ce serait un affront
D’ignorer ces lunes coquettes,
Aucun d’entre eux n’aurait le front
De leur préférer des comètes ;

Les comètes vont par paquets
Alors que chaque lune est seule,
Les unes sont pour les laquais,
Les autres pour les fines gueules.

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Cochonfucius

Trois disciples font des glossaires

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Cochonfucius avait trois disciples résolument individualistes, qui décidèrent de construire chacun un glossaire. Le premier produisit un ouvrage minimaliste, le deuxième un travail de mégalomane, et le dernier, un projet de perfectionniste.

En ce temps-là, le Maître semblait devoir mettre un temps infini à élaborer la première édition de son glossaire (dans les faits, les trois quarts de son existence). De là l’initiative des glossonautes, comme il les appela. Pour mener à bien son projet solitaire, le glossonaute minimaliste se résolut à bannir un grand nombre de mots, pour inconvenance ou pour d’autres causes. Parmi ceux qu’il retint, il en affubla encore certains d’une marque ayant la forme d’une saucisse, pour en signaler le côté plébéien.

Le glossonaute mégalomane montra une ambition plus haute. Non seulement il récolta une grande abondance de mots employés par les adolescents, les alchimistes, les archéologues, les aubergistes, les bandits, les béotiens, les cavaliers, les cénobites, les charcutiers et les chercheurs, mais il développa vigoureusement chaque entrée de son glossaire, en y décrivant d’innombrables exemples de l’objet traité. Par exemple, son article Licorne dit en bon ordre lesquelles on trouve en juillet, en août, dans les mois d’automne, en hiver et jusqu’au printemps suivant, et donne, pour chacune, sa couleur, sa taille et les particularités de son comportement. Il produit ainsi quatre forts volumes totalisant quarante mille définitions, souvent ornées de belles citations. Mais le Maître lui fit remarquer qu’une telle entreprise ne faisait que s’éloigner chaque jour de sa fin. Car plus on rédige de définitions, plus elles contiennent de mots à définir.

Bien plus tard, c’est au tour du glossonaute perfectionniste d’entreprendre un exploit encore plus grandiose. Car, en plus d’une immense richesse, son ouvrage va contenir des indications étymologiques, et surtout un classement arborescent des sens multiples de la plupart des mots usuels. Au milieu de son parcours, le manuscrit occupe douze mille bouteilles gigantesques, dont chacune contient mille grandes feuilles, qui en sont extraites au rythme de la demande des copistes. Mais une apocalypse survint et les bouteilles prirent refuge dans une caverne. Elles y sont probablement encore.

Des érudits innombrables se répandirent en commentaires, ainsi qu’en considérations sur l’opportunité d’inclure des citations dans les glossaires, et en remarques sur la difficulté de la tâche du glossonaute perfectionniste, et sur le détail des soins qu’il y apporta, dont l’épisode des bouteilles gigantesques n’est qu’une péripétie parmi d’autres.

Trouve-t-on encore des glossonautes ? N’en avons-nous pas perdu la trace, comme celle d’une foule de seigneurs du temps jadis ?

Cochonfucius

Oiseau d’inframonde

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image de l’auteur

L’inframonde possède un firmament sans joie ;
Oiseau, tes jolis chants, tu peux leur dire adieu,
Seuls les cris des démons résonnent en ce lieu
Et si le cygne y tombe, il suffoque, il se noie.

Or, en ce ciel maudit, comment tracer ta voie ?
Tu devras observer les nuages de feu
Et l’infralune aussi, qui nous console un peu ;
Merci au vieux Newton qui cette sphère envoie.

Sur tes plaisirs d’antan tu peux tirer un trait,
Tu ne les verras plus, ni de loin, ni de près,
Ne les regrette point, tu fus en leur servage.

Oiseau, sois attentif au rêve qui te suit,
Laisse les Vérités retourner dans leur puits ;
Elles sont, comme toi, des oiseaux de passage.

Cochonfucius

Ambicigogne

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image de l’auteur

Voir une ambicigogne est présage de gloire,
De sa noble présence est le jour embelli ;
Dans un savant traité par Aristote écrit,
On voit de cet oiseau la fidèle mémoire.

Son cri dans la bataille annonce la victoire,
Et le connaissent bien les soldats aguerris ;
Le roi l’entend aussi dans son jardin fleuri,
Commémorant pour lui des exploits méritoires.

On dit qu’elle comprend le langage divin
Et celui du Tibet, qui du ciel est voisin :
C’est ce que nous a dit le duc de Cachemire.

De vous avoir ici, c’est un honneur pour nous,
Ambicigogne, un ange est moins sacré que vous ;
Ayez une pensée pour ceux qui vous admirent.

Cochonfucius

 

Commerçants nostalgiques

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image de l’auteur

Nous sommes les marchands aux superbes vitrines ;
Si nous en sommes fiers, nous regrettons pourtant
Le temps ou notre enseigne était d’or éclatant,
De gueules, de sinople ou de sable ou d’hermine.

De l’or pour le bistro que la bière illumine ;
Azur aux couturiers, lesquels nous vont vêtant
Et préservant nos corps contre le mauvais temps ;
Sable pour l’écrivain dont la plume chemine.

Pour meubles, nous avions les outils des métiers,
Soufflet du forgeron et grands seaux du laitier ;
Long couteau du boucher ; pour le coiffeur, un peigne.

Le bon client lisait ces marques de couleur
Comme une abeille lit le langage des fleurs,
Commerçants, nous étions logés à bonne enseigne.

Cochonfucius

La couronne à la mer

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Image du blog Herald Dick Magazine

Donc, nous en avons assez vu,
Disait le roi, et la couronne
Disparaîtra, c’était prévu,
Aux océans je l’abandonne,
Roi d’ici, je ne le suis plus.

Ni monarque, ni capitaine,
Tout juste un barde dans le vent ;
Détenant une plume vaine,
Les deux yeux sur le firmament,
Je lis, je ris, je me promène.

De ma clé je me suis défait,
Ayant fermé mon bureau vide ;
Je suis allégé, c’est parfait,
Malgré mon vieux coeur qui se ride,
Battant au gré du temps qu’il fait.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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