Rémus et Romulus

lahuida.jpg

Toile de Remedios Varo

Le capitaine, en tenue d’astronaute,
S’aperçoit qu’il doit trop à ce Tintin.
Platonique était leur double destin,
Car autrement, les deux seraient en faute.

Malheur de l’un fait le bonheur de l’hôte ;
Faut-il veiller, dans un lit, au matin,
Ou couper son manteau, comme Martin ?
Adam n’a regret de perdre sa côte.

Muse, tu sais, nous formons un binôme.
Qui porte voile a besoin d’une bôme.
Hélas, pour ton temps, je suis en amont ;

Haddock, Tournesol, Cauchon et pucelle,
Quel binôme aurait rendu la vie belle
Au vrai connaisseur de Lautréamont ?

Cochonfucius

Vincent Voiture voit une prison

chat-fromage.jpg

Gravure anonyme

Cet auteur s’assied vaillamment
Et retrousse ses belles manches,
Puis il découpe proprement
Une moitié de feuille blanche.

Il mobilise sa raison
Qui lui donna tant de victoires ;
Il la menace de prison
Si elle ne trouve une histoire.

Mais la raison de ce dévot
N’aime point trop son coeur en cendres ;
Elle s’enfuit de son cachot
Et lui dit « Va te faire pendre ».

Ah, voilà qu’en ce nouveau jour,
L’inspiration part en fumée !
Pas même une chanson d’amour ;
Que lui dira sa dulcinée ?

Cochonfucius

les cent sonnets

dandelionsky_2560x1600

Illustration de Laura Diehl

La vie ressemble à ces sonnets que je fignole
Comme produit ses fruits le patient pissenlit.
Aussi peu s’en soucie le passant qui les lit
Que des graines des fleurs au jardin, qui s’envolent.

Le plus souvent, bien sûr, ces textes sont frivoles :
Menus propos badins que la rime embellit,
Rêves incohérents notés au saut du lit,
Souvenir de leçons entendues à l’école.

Mais certains jours je dois dire un mot plus sérieux,
Examiner mon coeur et passer aux aveux ;
A ce genre d’écrit, malhabile est ma plume.

J’aime mieux débloquer, fabuler, plaisanter,
Et mon rire aime mieux que mes larmes chanter,
Puisque l’oeil de l’esprit dans le rire s’allume.

Dumergue

Fontaine par Jacky Dumergue et jbb (merci à Franquin)

Cochonfucius

Gardien attentif

alax

image de l’auteur

Ce gardien très modeste est chaussé de savates,
Il est fort vigilant, sauf s’il va boire un coup ;
Il porte un uniforme, auquel il tient beaucoup,
Mais il oublie souvent d’arborer sa cravate.

Il aime les sergents, bien que ce soient des fous,
N’ayant point de bon sens sous leur casquette plate ;
Il aime le major au foulard écarlate
Et le vieux général coiffé d’un chapeau mou.

Ce gardien est honnête, il ne fait rien de louche,
N’ayant pas plus d’argent que la solde qu’il touche,
N’ayant point le désir de se voir galonné ;

Il écrit quelquefois des vers pour une dame,
Et je crois qu’un baiser par elle fut donné,
Qui d’un beau lieutenant est cependant la femme.

Cochonfucius

Robert Desnos voit un concombre

concombre_robinet_09

Illustration de Nikita Mandryka

Le concombre masqué rêve qu’il est un ange,
Par une cheminée entrant dans sa maison ;
Il arpente les lieux pour ouvrir la prison
De ceux qui sont fixés, et que cela dérange.

Le concombre se voit, lors de ce rêve étrange,
Proposer aux objets de vastes horizons,
Laisser les radiateurs danser sur le gazon
Et le blanc lavabo s’amuser dans la grange.

Grimpant péniblement au long de l’escalier,
Un robinet de cuivre a surgi du cellier ;
Sur deux pieds de métal, il court au vestibule.

Et le pauvre concombre, au milieu de la nuit,
Galope en poursuivant le robinet qui fuit,
Espérant le piéger dans une péninsule.

Concombre-robinet-qui-fuit-va-au-bugle

Cochonfucius

Victor Hugo voit des anges

dessin-de-victor-hugo.jpg

Dessin de Victor Hugo

Victor Hugo regarde en l’air, il voit des anges,
Et le regret le prend d’être tiré des fanges.
Plus lui aurait complu de vivre au paradis
Que sous un mauvais ciel et sur un sol maudit.

Il colle alors son oeil dans la grande lunette
Afin de découvrir de nouvelles planètes
Où l’on ne serait point par le serpent séduit,
Et dont serait absent le Seigneur de la Nuit.

Il voit un monde avec de très hautes montagnes,
Il voit des mers de sable, il voit aussi des bagnes,
Il voit de grands dortoirs qui n’ont pas de réveil,
Il voit des prés jaunis par les feux d’un soleil.

Il dit que tout cela, grand Dieu, n’est pas terrible,
Mais s’obstine à passer tous ces mondes au crible
De son observation. En impartial témoin,
Il note tous les faits qui se passent au loin.

Mais le ciel s’éclaircit sous les feux de l’aurore.
Ayant enregistré un dernier météore,
Puis un prince menu qui ramone un volcan,
Victor lâche du ciel le décevant carcan

Et retourne explorer des livres le mystère.
Dévorant les récits du passé de la Terre,
Il admire les rois, les grandes lois qu’ils font,
Et leur entendement perspicace et profond.

Il voit comment le barde, ainsi qu’une cigale,
Contre l’oubli se livre à la lutte inégale ;
Il voit comment le son du robinet qui fuit
Éveille le concombre au milieu de la nuit ;

Comment l’Esprit enseigne aux bienheureux apôtres
À louer le Seigneur dans les langues des autres ;
Comment vient la mémoire aux poètes hagards,
Comment le petit prince apprivoise un renard.

Fermant au bout d’un temps le livre aux pages mornes,
Il prend du papier dont la blancheur est sans bornes,
Puis, afin d’occuper son temps de petit vieux,
Il trace quelques vers, à la grâce de Dieu.

Sa femme cependant, qui somnolait dans l’ombre,
Seule sur son grand lit, disait des choses sombres.

Cochonfucius

Trisagion

trgn.png

image de l’auteur

Chantons, car il n’est point saison d’être affligés,
Qu’une grande ferveur partout soit ressentie,
Pour ce que l’âme alors n’étant point divertie,
Dans le juste chemin nous sommes engagés.

Démon, tu ne peux rien, tu nous vois soulagés,
Et ta lourde fureur, par la Grâce amortie,
L’espace d’un matin s’est de toi départie,
Je vois ton fier orgueil en faiblesse changé.

Profite, en ce beau jour, du repos qu’on te donne ;
Nous sommes à l’abri de tes pointes félonnes,
Ton palais de cristal en sable est transformé.

Or, tu n’oseras plus en vouloir à nos vies
Qui de fers si pesants pour jamais se délient ;
Face au large chemin, tes yeux seront fermés.

Cochonfucius

Un roi barbare

dagobert.jpg

Illustration de Henri Pille

Un roi barbare a mis sa culotte à l’envers ;
Or, l’évêque qui fut son ministre et son pote
Ne craignit point de lui parler de sa culotte.
À l’endroit, dit le roi, je la remets, mon cher.

Le peuple qui fredonne à tort et à travers
A fait sienne, depuis, la chanson rigolote
Où l’on voit que ce roi n’avait rien d’un despote,
Même s’il possédait un grand sabre de fer.

Sa Majesté partait, pour chasser, dans la plaine,
Mais rentrait au palais, en sueur, hors d’haleine,
Ayant peur des lapins (et de bien d’autres choses).

Quand le diable lui dit « Tu mourras aujourd’hui »,
Il eût voulu qu’Eloi mourût au lieu de lui ;
L’histoire ne dit pas s’il obtint gain de cause.

Cochonfucius

Sagesse d’un dolmen

ukf.png

image de l’auteur

Le dolmen capte la lumière ;
Le druide, avec sa serpe d’or,
Découpe un rameau de bois mort
À moitié recouvert de lierre.

Le barde boit un peu de bière,
Il chante aussi, mais pas trop fort ;
Et le dolmen emplit son corps
De chaude énergie printanière.

Vers le soir, il se rafraîchit,
Surtout quand la lune surgit ;
Un démon par là s’aventure.

Vers les étoiles s’élevant,
Un menhir, dressé dans le vent,
Domine la verte nature.

Cochonfucius

 

Ambidraig

ambidraig.png

image de l’auteur

C’est le monstre Ambidraig, il a les pattes molles ;
En les levant au ciel, il sait s’il va pleuvoir.
Il gîte dans un antre où nul ne le peut voir,
Empli de vieux objets que, le soir, il bricole.

Il ne se permet pas de lectures frivoles,
Il n’écrit pas non plus, craignant de décevoir
Ses lecteurs, s’ils étaient en quête de savoir,
Mais ne dédaigne pas les lieux où l’on picole.

Parfois, dans la rivière, on le voit s’ébrouant :
L’eau charge sa moustache, il la va secouant,
Les gouttes de cristal sautent dans la lumière.

Ce monstre ne connaît ni le mal, ni le bien,
Il lit un moraliste, et ça ne lui fait rien :
Il retourne à l’auberge, et commande une bière.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

Actualités de WordPress.com

Les dernières nouvelles de WordPress.com et de la communauté WordPress.