Bouddhas songeurs

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image de l’auteur

Les Bouddhas, même s’ils ont gardé forme humaine,
N’éprouvent nulle peur, lorsque leur vie s’enfuit :
Tranquilles sont leurs jours, tranquilles sont leurs nuits,
Ils prennent, pour boisson, les eaux d’une fontaine.

Sans ardeur, sans dégoût; sans travail et sans peine,
Acceptant, pour offrande, un bol de riz bien cuit,
Ils donnent quelques grains au corbeau qui les suit,
Puis contemplent, au ciel, une étoile lointaine.

Nul désir de pouvoir ne les tient en ses liens,
Nulle soif n’est en eux d’amonceler des biens,
Quant à leur gourmandise, elle est bien assouvie.

Mais, dans leur paradis, je ne crois pas aller,
Et, quant à leurs vertus, puis-je les égaler ?
Même avec ses douleurs, autant vaut cette vie.

Cochonfucius

Navigation incertaine

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Cherchant de l’océan l’invisible rivage,
Les marins sont tentés de s’en remettre au sort ;
Éole les conduit toujours plus loin du port,
Leur donnant, s’il le veut, la crainte du naufrage.

Les braves matelots n’en prennent pas ombrage,
Leur goût de l’aventure est plus fort que la mort ;
Celui qui prend le quart et celui qui s’endort
L’un et l’autre s’appuient sur le même courage.

Sans doute, un jour prochain, sera calme cette onde ;
Au Ponant surgiront les feux d’un nouveau monde
Où leur sont réservés de fabuleux plaisirs ;

En attendant ce jour, ils parcourent le globe,
Poursuivant l’horizon qui toujours se dérobe,
Comme le fait, partout, celui de nos désirs.

Cochonfucius

Arctochère (Ours-cochon)

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image de l’auteur

Cet ours-cochon, Dieu sait qui l’engendra !
Nous admirons son hybride nature ;
Sa peau est ferme, et n’est pourtant pas dure,
C’est un ours-porc, et ce n’est pas un rat.

Lui qui jamais au jour ne se montra,
Aucun savant ne connaît sa figure,
Il se complaît dans sa caverne obscure,
Monstre-métis, plantigrade-verrat.

Son poil n’est pas de sable ni d’albâtre,
Mais bien d’azur, aimé des idolâtres
Qui sa statue ont dressé dans leur temple.

En son esprit n’est nulle vérité,
En scepticisme il aime à s’abriter,
Qui de fort loin les axiomes contemple.

Cochonfucius

Poisson-rhapsode

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image de l’auteur

Il parcourt les chemins de la liquide plaine :
Ce rhapsode-poisson ne vit pas isolé ;
Et même, certains jours, il rêve de voler
Avec les albatros, eux qui planent sans peine.

Il ne peut pas chanter ainsi qu’une sirène,
Ni, comme font les sourds, avec ses mains parler ;
Mais l’infini du ciel, il peut le contempler
Sans être tourmenté par la misère humaine.

— Poisson qui ne dis rien, tu vaux bien mieux que moi,
Et j’aurais des leçons à recevoir de toi,
Si tu en as le temps, tu peux me les écrire.

— Or, dis-moi, plumitif, que viens-tu faire ici ?
De te perfectionner aurais-tu le souci ?
Non, je ne le crois pas, d’ailleurs, tu me fais rire.

Cochonfucius

Prêtre-lion de gueules

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Image d’Herald Dick

C’est un abbé félin qui ne croit à nul Dieu,
Mais qui vit assez bien sur une rente acquise ;
Nulle âme par ses soins ne fut jamais conquise,
Nul pécheur, grâce à lui, ne gagnera les cieux.

Peut-être, une dévote, émue par ses beaux yeux,
Quelques émois en lui suscite, et les attise ;
Rien ne lui servirait de se montrer éprise,
Il connaît Cupidon, mais Bacchus lui plaît mieux.

Mais que vaut un tel prêtre, et que vaut son service ?
La paroisse en a-t-elle un réel bénéfice ?
La question est posée, c’est tout à fait normal.

Aussitôt qu’il l’entend, le vicaire proteste :
— Sans être un défenseur de la cause céleste,
Notre abbé, sachez-le, ne chante pas trop mal !

Cochonfucius

Une disparition

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Toile de Jane Planson

J’aimais lire autrefois des récits incroyables,
Et dans les temps présents, je ne m’en lasse pas ;
Or je pense à celui qui jadis me frappa :
Il expose à nos yeux le destin effroyable

D’un homme qui, un soir, a rencontré le diable,
Lequel en un échange inégal le trompa,
Dont souffrit ce héros jusqu’au seuil du trépas,
Tant la perte subie était irrémédiable.

Tout seul, il doit aller vers cette triste fin ;
Le voici déjà vieux, prochainement défunt,
Et c’est un crève-­coeur pour l’auteur du poème.

Celui que l’on a vu si vigoureux gaillard
Ne saurait nullement être un digne vieillard :
Peter Schlemihl n’est plus que l’ombre de lui-­même.

Cochonfucius

Ambibouc

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image de l’auteur

Notre ambibouc, que nous avions perdu
(Et de cela, nous sentions de la gêne),
De nos tracas ne s’est pas mis en peine ;
Dans le décor, il s’est vite fondu.

Que le berger en fût tout éperdu,
Pour l’animal, ce n’est qu’une idée vaine,
Car ces bestiaux ont une âme inhumaine,
Sans souvenir d’un service rendu.

Qui sait pourquoi j’écris cette complainte ?
En son esprit, mon image est éteinte,
Et je ne peux lui donner vraiment tort.

Nos destinées ne sont pas ennemies,
J’ai ma maison, il a sa libre vie,
Marchons ainsi, en attendant la mort.

Cochonfucius

Locomotive de dix-huit mètres

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image de l’auteur

Son moteur se nourrit de l’énergie du vide,
D’ailleurs, cela demande un sérieux attirail.
On l’entend consumer des neutrinos livides,
Dont parfois, l’un s’échappe et transperce les rails.

Le moteur est gourmand, mais il n’est pas avide,
Ses rouages sont faits d’un solide corail ;
Or, ce dispositif est décrit par Ovide
Et présent, bien souvent, au centre d’un vitrail.

Tout ce vide parfois prend des nuances rouges
Et dans ses environs l’antimatière bouge,
Ça se produit souvent sur le coup de minuit.

Le vieux mécanicien très rarement s’active,
Il compte sur l’effort de la locomotive ;
Moins on en fait, dit-il, et moins on a d’ennuis.

Cochonfucius

Chevalier inexistant

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image de l’auteur

Son blason est d’azur à deux vaches placides.
Il n’exista jamais, ce noble Chevalier,
Aux lois de l’existence il n’a su se plier,
Ni aux plages d’ennui, ni aux amours torrides.

Il ne connut la soif aux campagnes arides,
Ni les maris jaloux croisés dans l’escalier,
Ni d’un doux serviteur les propos familiers ;
L’on ouvre son armure et l’on voit qu’elle est vide.

Calvino, cependant, à grands coups de pinceau
Fait vivre devant nous l’étrange jouvenceau ;
Fable pour notre temps, récit mélancolique.

Il ne va nulle part, ce redresseur de torts,
Mais en plus des bovins, son écu métallique
Arbore, lumineux, deux candélabres d’or.

Cochonfucius

Équipement du chevalier inexistant

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Composition de l’auteur

Qui forgera pour moi l’armure d’argent lisse ?
Qui le solide écu, mur contre le danger,
Chargé pour le combat de meubles inchangés ?
Qui le sabre tranchant, pour combattre le vice?

Qui de gueules fera mon écharpe, complice
De maint long tour de garde où l’on ne peut bouger ?
Qui mes chaussons d’azur, où je pourrai loger
Ces pieds qui tant de fois me rendirent service ?

Mais je n’existe pas ; nul n’écoute ma voix,
Je poursuis mon chemin, héros sans toit ni loi,
À pareille évidence il faut que je me rende.

La plaine de sinople et de sable les cieux,
D’or les astres errants qui ravissent mes yeux :
Je suis inexistant, je suis une légende.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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