Nef précaire

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Je sais que l’Atlantique est indulgent pour moi,
Car de ma nef précaire est chaque vague éprise ;
Autre que lac paisible, autre que mer exquise,
Camarade océan, je me remets à toi.

Je sais que tu agis selon de justes lois,
Des modestes pêcheurs tolérant l’entreprise :
Quand tu es parcouru d’une charmante brise,
Je n’hésite jamais à t’accorder ma foi.

Si ton âme est parfois en autre humeur encline,
Je laisse aller la nef, ma volonté s’incline,
Je peux bien dériver tout au long des courants ;

Nous savons que la mer a des métamorphoses,
Que la voie du marin n’est pas jonchée de roses,
Mais c’est ainsi qu’il vit, c’est ainsi qu’il est grand.

Cochonfucius

Grand basilic d’or

 

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Le grand basilic d’or aime les mois d’été,
La lumière est pour lui un bienfaisant liquide ;
Il s’étale au soleil, son esprit fait le vide,
La nature et son âme ont la même clarté.

C’est un savant reptile, amateur de beauté,
Savourant la couleur des raisins translucides
Ou le subtil éclat d’un lac aux eaux limpides ;
Mais il aime surtout flâner en liberté.

Puis l’automne s’en vient, les pommes arrondies,
Merveilleux ornement des prés de Normandie,
Autrefois célébrées par Guy de Maupassant.

Les vapeurs du calva chatouillent ses narines,
Faisant vibrer son coeur plus vite en sa poitrine ;
Mais il n’en prend pas trop, cet alcool est puissant.

Cochonfucius

Apothicaire alchimiste

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L’alchimiste a lentement préparé,
En montrant même un peu de gourmandise,
Une potion qui sent la vieille église,
Ou d’un sous-bois le parfum éthéré.

C’est la potion dont lui-même se grise
Et dont il peut aussi se restaurer ;
Elle est formée d’insectes mordorés,
De chocolat, de lait, de fleurs exquises.

Poudre écrasée au creux d’un mortier lourd,
Jus fermenté au secret d’une alcôve,
Une senteur de fruit, sauvage et fauve,

Sur l’estomac, ce philtre est un velours,
Tout imprégné d’une sagesse pure,
Mais son effet pas bien longtemps ne dure.

Cochonfucius

Rêve de comptoir

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image de Pierrette

J’ai rêvé qu’au comptoir je mangeais du potage
(La belle tavernière ayant choisi ce gage)
Et qu’afin que j’en fusse un peu plus tourmenté,
La vaurienne l’avait lourdement pimenté.

J’ai rêvé que j’étais un éphèbe élastique
Qui dansait sur le zinc un ballet fantastique ;
La tavernière alors m’inondait de parfum,
Chose que j’acceptai, mais sans plaisir aucun.

J’ai rêvé que, par jeu, la dame déchaînée
Emprisonnait mon corps d’une étreinte effrénée.
Je me disais : pour qui ces jeux incandescents ?
Ça conviendrait bien mieux à un adolescent.

J’ai rêvé qu’à l’auberge arrivait ma maîtresse
Qui  se bornait à rire en voyant ma détresse,
Disant : je connaissais nombre de tes talents,
Mais certes pas celui de dresseur de juments !

Cochonfucius

Sagesse d’une orchidée

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Cette plante fleurit au coeur du val ombreux
Où fit sa promenade, autrefois, Roland Barthes ;
Sa couleur resplendit quand l’ombre s’en écarte
Et son parfum s’élève au sous-bois ténébreux.

En offrant à l’insecte un nectar savoureux,
Elle sait lui transmettre, avant qu’il ne reparte,
La science du terrain, plus sûre qu’une carte,
Et peut faire confiance à ce bel amoureux.

En sa grande sagesse, ainsi, la fleur demeure
Pour que la poésie du bois jamais ne meure,
Ou du moins, pas avant la mortelle saison.

D’averse et de soleil elle tire sa force,
L’arbre, pour elle, est bon, malgré sa rude écorce ;
Puissions-nous vivre aussi de telles floraisons !

Cochonfucius

 

Verhaeren voit une taverne

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image de Pierrette

Vieux comptoir de Cluny, comptoir juste assez long
Où la bière-pression déverse sa pléthore,
Où le Côtes-du-Rhône est servi par ballons
Tandis que les buveurs ont des phrases sonores !

Sur un vieux tabouret j’use mon pantalon ;
Parfois la beuverie dure jusqu’à l’aurore,
Tant nous nous complaisons dans ce dernier salon
Où l’esprit parisien fleurit et rêve encore.

Les photos des clients se montrent sur les murs.
Chacun se reconnaît, déclarant “C’est ma pomme”,
Même si le vivant est d’un âge plus mûr

Que, sur le vieux portrait, cet aimable jeune homme.
Puis, nous rentrons chez nous en longeant les ruisseaux,
Dans le petit matin qu’annoncent les oiseaux.

Cochonfucius

Voir aussi Le poète

Oiseaux de fin du monde

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Quand l’univers va perdant sa vigueur,
Quelques oiseaux subsistent au bocage ;
Sans se troubler de l’inquiétant ombrage,
Ils font leur vie dans ce monde en langueur.

Au souvenir d’anciens printemps charmeurs,
Dont le parfum en quelques lieux surnage,
Ces passereaux disent en leur ramage
Qu’ils ont gardé un peu de bonne humeur.

Peut-être un peu trop forte est la lumière
Qui ce matin fait cligner leurs paupières ;
Nos deux héros en prennent plein les yeux.

L’univers dit à leur âme ténue
Qu’une saison de flamme est advenue ;
On peut le voir, en observant les cieux.

Cochonfucius

Le pain, le vin et le pardon

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Blason de  Raedersheim

Le fils du charpentier, qui partageait son pain,
N’a entrepris aucune opération magique
En disant «C’est mon corps». Par cette rhétorique,
Il a juste voulu consoler ses copains.

En disant «C’est mon sang» sur la coupe de vin,
Il n’a fait qu’exalter la boisson bénéfique,
Capable d’adoucir sa condition tragique.
D’autre sens là-dedans, tu chercherais en vain.

Qu’en est-il de sa voix qui veut que l’on pardonne
À tous les offenseurs ? Est-ce qu’il nous ordonne
De faire comme si s’éteignait la douleur ?

Avant tout, le Sauveur nous préfère hommes libres.
De notre sentiment, éprouvons chaque fibre :
Puis, pardonnons, ou non, mais selon notre coeur.

Cochonfucius

Jeu de l’oie

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image de l’auteur

La grande oie prit, par jeu, l’état de sentinelle,
Pour guetter les goupils vers la cour s’avançant ;
Du palmipède c’est la coutume éternelle
Que dans Rome éprouva maint Gaulois pâlissant.

Quel air de majesté, volaille originelle !
Du domaine tu es le gardien menaçant,
Digne d’appartenir aux légions immortelles
Qui jadis ont veillé sur ce monde naissant.

Tu me donnerais presque envie d’être oie, moi-même,
Car ton état me semble un enviable sort,
Même s’il doit parfois réclamer des efforts.

Or, cette oie protesta contre mon choix de thème,
N’ayant jamais voulu ma chronique nourrir,
Encore moins donner matière à discourir.

Cochonfucius

Papillon de septembre

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image de l’auteur

Papillon bicolore, aimable hôte des cieux,
On écrivit sur toi des chansons populaires ;
Car tu fus visiteur des fontaines peu claires,
De la lande bretonne et de mille autres lieux.

Et je te vois voler, ici, de mieux en mieux,
Ce qui, tu t’en doutais, ne saurait me déplaire,
Papillon sans tourment, papillon sans colère :
La plus grande douceur s’exprime dans tes yeux.

Car tu ne fus jamais un insecte rebelle,
Tu crois que l’air est pur et que la vie est belle,
Et volontiers tu dis à toutes gens merci.

Peut-être, l’univers pour toi n’a pas de voile,
Tu déchiffres sans mal le jargon des étoiles,
Tu penses simplement : le cosmos est ainsi.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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