Soeur Tortue

image de l’auteur

Je vois déambuler la tortue monacale,
Disant à haute voix les prières du jour ;
Monseigneur Lapinot jadis lui fit la cour,
Négligeant pour cela sa charge épiscopale.

Elle ne suivit point cette pente fatale,
Elle ne retint rien des amoureux discours ;
Car elle resta chaste, ainsi qu’une vestale,
Au fils du charpentier réservant son amour.

Marchant autour du cloître où le gazon verdoie,
Elle parle à des saints qui partagent sa joie,
Son âme de l’enfer ne craint pas les dangers.

Un abbé, contemplant la nonne délicate,
Lui trouve comme un air de la déesse Hécate ;
En un dieu de l’Olympe il voudrait se changer.

Cochonfucius

Enfants de Khayyam

Composition de l’auteur

Que ce soit amertume, ou saveur douce et bonne,
Un goût inopiné que l’on découvre à deux
Fait partie des plaisirs brûlants et hasardeux
Qui séduisaient déjà les rois de Babylone.

Si nos deux destins sont d’une feuille en automne,
Servons-nous un mélange étrange et capiteux ;
Recourir à l’oubli, ce n’est rien de honteux,
Ou si ça l’est un peu, le lecteur nous pardonne.

Cependant que le corps s’en trouve rafraîchi,
L’esprit ne compte plus les obstacles franchis
Sur la voie de sagesse et la Carte du Tendre.

Que disent les oiseaux dans leurs patois divins ?
Ils nous vont conseillant de prendre un peu de vin,
C’est ce que, de leurs mots, j’ai toujours cru entendre.

Cochonfucius

Quark flou

image de l’auteur

Cet être n’est connu que sous quelques surnoms,
Lui qui n’est impliqué dans aucun phénomène ;
Un doctorant m’en a parlé l’autre semaine,
Nous attendions le bus en buvant un canon.

Objet conjectural, d’existence incertaine,
Absent des ateliers qu’au labo nous tenons ;
De notre beau modèle il n’est pas un chaînon,
Il le sera peut-être en une ère lointaine.

En vain pour l’isoler je dissèque un proton,
C’est un jour de perdu, comme aurait dit Caton ;
Mais ça m’est bien égal, moi qui suis éphémère.

Nous sommes des rêveurs, des physiciens sereins,
La défaite jamais ne nous paraît amère ;
Nous suivons en cela le Maître, Edgar Morin.

Cochonfucius

Dans les rues

Photographie de Robert Doisneau

Ce village est charmant quand il somnole encore,
Que la nature aussi semble se reposer,
Que les marchands, pourtant, commencent d’exposer
Leurs légumes nouveaux que le frais soleil dore.

Je parcours lentement cette rue que j’adore ;
Des vendeurs ambulants y voudraient attiser
Le désir du chaland, dont ils ne sont prisés,
Ni les humbles objets dont l’étal se décore.

Le marché matinal, de murmures bruissant,
Affiche ses couleurs dans le jour commençant ;
J’entends un carillon, ou bien, je le devine.

Dans cette rue, mon coeur trouve à se contenter :
Nul besoin de grand luxe, ou bien de rareté,
Juste les pavés gris, avec cette pluie fine.

Cochonfucius

Fils de girafe et de père inconnu

image de l’auteur

Je ne suis nullement l’enfant d’une bergère,
Mais bien d’une girafe ; aux instants vespéraux,
Elle fut courtisée par un obscur héros,
Lequel a regagné sa province étrangère.

Ne disons point de mal des amours passagères,
Sans elles, que feraient nos amis les blaireaux ?
Un dieu même, parfois, se déguise en taureau
Afin de procréer sur un lit de fougères.

La tête loin du corps, certains jours, c’est pénible,
Ça donne l’impression qu’elle est moins disponible ;
Mais je n’aimerais point un bref cou de rongeur.

Je me présente à vous de façon peu subtile,
Je ne sais point chanter ainsi qu’un volatile;
Je voudrais dire un mot, mais je reste songeur.

Cochonfucius

Saint Escuiruel

image de l’auteur

Ce saint rongeur grimpe aux rochers
Puis dans un trou d’arbre il se cache ;
Fier comme un coq sur son clocher,
Il lisse sa fine moustache.

Sur un grimoire il s’est penché
Qu’écrivit jadis Sainte Vache ;
Dès sa jeunesse, il fut touché
Par cette grande âme sans tache.

Puis il écoute Saint Renard
Qui de porter son chef a l’art
Sans craindre les démons sauvages.

Il a des noix pour son repas,
Du jus de mûres pour breuvage ;
La disette, il ne la craint pas.

Cochonfucius

Héphaïstos, Hadès et Dionysos

Peinture chinoise

Héphaïstos, qui croit son épouse friponne,
N’en souffre pas beaucoup, car lui-même est sournois ;
Donc, aussitôt qu’Éros de son dard l’aiguillonne,
Il ouvre sur sa table un vieux livre chinois.
Contemplant les portraits de mille anges femelles,
Il révise l’amour, et le plaisir des yeux.
Son coeur étant ému surtout par les pucelles,
Il imite Diogène, alors qu’il est un dieu.

Le plaisir de Vulcain n’est point si ridicule
(D’autant qu’il est produit de charmante façon) ;
Héraklès, qu’on appelle en maints endroits « Hercule »,
A dit en le voyant : « Tu fais bien, vieux barbon ;
Quant à moi, je préfère une muse salace
Qui de mes attributs me rende glorieux.
Héphaïstos, ma main ne va point sur tes traces,
J’aime l’amour viril, puisque je suis un dieu. »

Dionysos, plus qu’aimer, veut entrer en ivresse.
Sans compagne il s’endort…
Mais, plus tard, se redresse
Et, ne sachant comment occuper ce temps mort,
Il retourne au cellier pour manger du fromage ;
Après un bon souper, tout le monde va mieux.
Par sa simplicité méritant notre hommage,
Il vit comme un ermite, alors qu’il est un dieu.

Zeus met par-dessus tout l’amitié masculine.
Il prise les marquis et les vaillants barons ;
On dit qu’il a séduit l’empereur de la Chine,
Qu’il faisait tendrement asseoir en son giron.
Ce n’est pas étonnant, car sa nature est bonne,
Et l’on doit s’honorer d’être son amoureux.
Parmi les immortels, il porte la couronne
De roi de l’univers et de seigneur des dieux.

Hadès a de la viande, imposante est sa panse,
Et l’usage il n’a point des travaux fatigants.
Pour lui faire plaisir, les vierges se dépensent ;
Tel un joyeux poète, il n’est point arrogant,
Car son ventre est nourri de tant de vies passées,
Son trésor est garni d’objets de tant de lieux
Qu’il est admiré par une muse empressée.
Il agit comme un riche, alors qu’il est un dieu.

Nous voyons que les dieux ont la tête bien faite.
Ils savent distinguer ce qui pour eux est bon ;
Aussi, n’oublions pas de célébrer leurs fêtes,
Car ils sont nos amis autant que nos patrons.
Ils savent, quand il faut, arranger nos affaires ;
Leur tâche est de comprendre et d’exaucer nos voeux.
Loués soient tous les dieux au sein des atmosphères,
Par nous, et par nos fils et nos petits-neveux.

Cochonfucius

Moulin funeste

image de l’auteur

De noire magie sont mes ailes investies,
Car je fus bâti par un chamane mongol ;
Dans les seaux de mortier il mêla des hosties,
Sur la porte il grava le nom de plusieurs trolls.

Ma toile fut tissée dans une sacristie,
Près d’un bénitier plein de jus de corossol ;
Je suis un noir moulin, foin de la modestie,
Capable d’assommer les aigles en plein vol.

Le sinistre meunier jadis fut dans la dèche,
Maintenant, tu le vois, c’est dans la soie qu’il crèche,
Lui qui sut déchaîner quelques enchantements.

Je sais que Dieu sur moi lancera des tempêtes,
Tu me verras alors m’écrouler lentement ;
Tu pourras en nourrir ton oeuvre, ami poète.

Cochonfucius

Arbre sans fruit

image de l’auteur

Cet arbre a grandi loin des bienfaisants rivages,
Le pollen fécondant nullement ne l’atteint ;
Et l’abeille du soir, et celle du matin
Toujours ont déserté cette zone sauvage.

Un autre Adam vécut dans ces lointains parages,
C’est ce que nous apprend un vieux bénédictin ;
Mais pour lui, ni serpent, ni funeste destin,
Juste cet arbre nu, pas de fruit, pas d’outrage.

— Or, peut-on s’envoler vers ces lieux étrangers ?
Quel plan nous faudrait-il pour ainsi voyager ?
— Cesse donc de rêver, tu n’y pourras prétendre.

Et tu me répondras que cela te déçoit,
Mais il en est ainsi, l’Adam pur ne reçoit
Jamais de visiteurs, pas même une Ève tendre.

Cochonfucius

Trio de planètes

image de l’auteur

Trois astres partageant une même lumière,
Ayant même vitesse et semblable grandeur ;
Leur soleil vieillissant modère son ardeur,
Mais il conserve un peu de sa vigueur première.

Ces trois planètes sont assez hospitalières,
Elles n’ont jamais vu le moindre explorateur,
Parmi les animaux, fort peu de prédateurs,
Juste des tamanoirs auprès de fourmilières.

Dans les jardins royaux sont des oiseaux moqueurs,
Les braves courtisans prennent ça de bon coeur ;
Ces rires d’emplumés font partie du folklore.

Ceux de la météo prédisent des jours gris,
Le bonheur d’aujourd’hui, c’est toujours ça de pris
Pour ces trois habitats, et leur faune, et leur flore.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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