Un camembert sans squelette

Toile de Kandinsky

Exercice de style, ou jaillissement pur ?
Le fait d’avoir un peu apprivoisé la forme
Permet-­il d’éveiller les sentiments qui dorment,
Ou n’est-­ce que de l’encre étalée sur un mur ?

Est-­ce pour confirmer ce dont je ne suis sûr,
Ce que je crois trop vain, trop idiot, trop énorme
Que j’aligne mon texte en respectant la norme ?
Envers mes illusions, ne soyez pas trop durs.

Quant à noyer mes vers au jus de la bouteille,
Je le fais certains jours, à l’ombre d’une treille,
Mais la sobriété me guide, au quotidien.

Qu’on trouve peu de sens à mes œuvres frivoles,
C’est que facilement je fuis et je m’envole
Vers un monde onirique où le sens ne m’est rien.

Cochonfucius

Crosse de sable

image de l’auteur

J’appartiens au primat d’une terre étrangère,
Des portraits de démons sont en ses livres saints ;
Il en a mille et un sur sa grande étagère,
Dont sa main reproduit, certains jours, les dessins.

Ne me prenez pas pour une canne légère,
Je sors de l’atelier d’un habile voisin ;
Héphaïstos, qui est du prélat le cousin,
En son antre me fit, que sagement il gère.

L’évêque aime Lilith, plus que sa cousine Eve ;
Il aime l’inframonde où jamais ne s’élève
La voix d’un célébrant qui les prières lit.

Il se montrait jadis avec sa crosse mauve
Qui fut abandonnée en une sombre alcôve,
Et le primat n’est point retourné dans ce lit.

Cochonfucius

Tour de Carabas

image de l’auteur

Je m’orne du portrait d’un prédateur subtil,
Ce chat qui déployait des ruses étonnantes ;
Or, une fois vaincu l’ogre à la voix tonnante,
Aucun autre agresseur ne le mit en péril.

Au cellier du château sont d’énormes barils,
Mais ce félin s’abstient des boissons enivrantes ;
Il n’est pas amateur d’images délirantes,
Il ne veut pas trinquer avec des êtres vils.

Il est le confident de la fille du roi,
Il marche à ses côtés dans l’ombre des grands bois ;
Il ne se prend jamais pour un grand personnage.

Il s’est assez souvent du moulin souvenu
Où il donnait la chasse à des rongeurs menus ;
Lui-même et son bon maître ont tourné cette page.

Cochonfucius

Fantôme d’une feuille

image de l’auteur

Je plane en cette allée, n’en soyez pas surpris,
Un fantôme je suis, une feuille je semble ;
Le spectre-coq et moi, nous circulons ensemble
Dans ce vaste jardin dont nous fûmes épris.

Un fabuliste fit notre éloge (en sanscrit),
Qui en seul cahier mille quatrains rassemble ;
Il parle de l’automne et de mes soeurs qui tremblent,
Et des bons jardiniers apaisant leur esprit.

L’héraldiste parfois notre portrait dessine,
En ces simples blasons des sonnets s’enracinent,
Joliment commentés par des lecteurs subtils.

Du grand feu de la vie nous sommes la fumée ;
Souvent nous regrettons nos forces consumées
Et de nos souvenirs se perd aussi le fil.

Cochonfucius

Crocodiles d’antan

Composition de l’auteur

Cinq crocodiles lourds parlèrent autrefois
Au barde en son jardin, disant paroles sûres,
Afin de commenter le monde, la nature
Et la façon dont l’homme accomplit tous ses choix.

En ce doux crépuscule où résonnaient leurs voix,
Certes, ce fut leçon qu’à plaisir on endure,
Car leur propos n’est point de farce ni d’injure,
Cet animal ayant la dignité d’un roi.

Du crocodile mauve est la prose agréable,
Du crocodile noir l’ironie redoutable ;
Le crocodile blanc ne peut être imité.

Le crocodile jaune a les plus nobles vues,
C’est lui dont la parole est le mieux par moi crue :
Tout ce qu’il recommande est la fidélité.

Cochonfucius

Méditation sobre

Toile de Fabian Perez

Un métaphysicien médite sur sa mort :
Pour mieux se concentrer, il se veut mort au monde,
Et, tel l’Ouroboros qui sa propre queue mord,
Donne au raisonnement une course bien ronde.

Ses collègues, surpris, consacrent leurs efforts
Aux dires de cette âme à nulle autre seconde ;
Mais, de l’écrire ici je n’ai pas de remords,
La circularité leur paraît inféconde.

Les métaphysiciens ne perdent pas le Nord
Et partent à l’auberge où le pinard abonde :
Et c’est pour y parler, ni de vie, ni de mort,
Mais bien d’amour avec la serveuse gironde.

Cochonfucius

Anima Florum

image de l’auteur

Platon nous enseigna que les fleurs ont une âme
Qui souvent à la nôtre intimement se joint ;
Elles peuvent aussi nous regarder de loin,
S’attendrissant aux jeux des hommes et des femmes.

Un dieu de notre coeur leur donna le sésame,
Qu’elles peuvent scruter dans ses moindres recoins ;
De prendre la parole elles n’ont pas besoin,
Ne voulant prononcer d’éloge ni de blâme.

Elles voient nos printemps, elles voient nos hivers
Et notre itinérance, ainsi que nos dérives ;
Elles parlent de nous aux pinsons et aux grives.

Elles prennent le frais sous les feuillages verts,
Goûtant l’odeur des fruits dont le verger regorge ;
Puis s’amusent des vers que le rhapsode forge.

Cochonfucius

Moulin de Baba Yaga

image de l’auteur

Je tourne par magie quand ne souffle aucun vent,
Jamais d’autres moulins ne prirent cette peine ;
J’agis pour contenter ma maîtresse inhumaine,
Plus qu’un moulin, je suis un chevalier servant.

Les démons volontiers visitent ce domaine,
Ils viennent boire ici presque chaque semaine ;
Mon oreille est charmée à l’écho de leurs chants,
Je ne suis pas de ceux qui les trouvent méchants.

Il m’arriva jadis d’aimer une diablesse ;
J’évoque sa mémoire, au seuil de ma vieillesse,
Maintenant nous pouvons en rire tous les deux.

Dans ce domaine-là, mes soifs sont assouvies ;
D’un moulin je ne sais combien dure la vie,
Mais ce doute jamais ne me rend cafardeux.

Cochonfucius

Manoir des bouquinistes

image de l’auteur

Nos étagères sont d’assez robuste bois,
Ici, nous aimons tous cette noble matière;
De livres s’est emplie notre demeure entière,
Qui valent, à nos yeux, les richesse d’un Roi.

Des auteurs de tout poil dorment sous notre toit,
Des poètes, des fous, des chercheurs de lumière ;
Plus vivront leurs écrits qu’un monument de pierre,
Ils sont nos éclaireurs, en eux nous avons foi.

Dans leurs rêves subtils les rimeurs nous embarquent,
Nul besoin, pour cela, du bâton de Plutarque ;
Mais nous les révisons, le soir, entre les draps.

Les livres empilés sont une architecture,
Un jardin foisonnant, un parcours d’aventure ;
Viens t’y perdre, lecteur, et tu le comprendras.

Cochonfucius

Licornithor

Une licorne s’introduisit dans un terrier que des ornithorynques avaient creusé dans la berge d’un cours d’eau qui traversait le jardin de Cochonfucius de part en part.

Premier Ornithorynque : Aujourd’hui nous recevons la Grande Licorne qui semble avoir été attirée par nos provisions de camembert, ce bon fromage que nous avions, pourtant, traité pour qu’il soit invisible.

Qu’est-ce que cela représente pour vous, un morceau de camembert invisible ?

La Licorne :
Oui. Quelles sont les nouvelles perceptions de notre corps en respirant cette odeur alléchante.
Spécifiquement, ce que j’ai cherché à développer en suivant cette piste odorante, c’est la relation avec le fromage pour qu’il ait une conscience différente de son rôle dans la chaîne alimentaire. Par exemple au moment même où il commence à couler sur sa planche, on travaille ensemble de façon à ce qu’il pense vraiment à l’image qu’il déclenche, afin de développer une gestuelle “étendue”, dans cette conscience-là, et qu’il fasse corps avec le mouvement des fragrances déclenchées.
J’ai découvert là une relation unique qui implique que je sois très liée avec les morceaux de camembert invisible dans mes perceptions olfactives pour que l’odeur devienne comme le prolongement du concept.

Premier Ornithorynque : Oui, et tu as été un camembert normand, dans une vie antérieure ?

La Licorne : J’ai fait carrière dans une honorable fromagerie du centre ville, à Rouen.

Deuxième Ornithorynque : Est-ce que tu peux expliquer ton parcours personnel ?

La Licorne : Je viens de la savane. Au départ, j’ai commencé par manger des feuilles d’arbres. Et donc tout cela ça m’a ouvert des portes si je puis dire, de nouvelles possibilités avec en plus l’arrivée du marchand de fromage et j’ai continué plus tard et jusqu’à ce jour.

Premier Ornithorynque : D’accord, jusqu’à ce jour.

La Licorne : C’est vrai, il y a plusieurs notions là qui interviennent. Quand l’image est extérieure sur un camembert c’est plus la notion de substance là.

Premier Ornithorynque : Ce sont des images que tu as créées toi-même ?

La Licorne : Oui, j’ai créé la plupart des images et j’ai fait également intervenir à un moment donné, un troisième catoblépas.

Premier Ornithorynque : Donc quelque part tout se fait à l’intérieur c’est à dire que même l’image en elle-même c’est une force autant que le camembert à l’intérieur.

La Licorne : Effectivement, puisque la notion du camembert tel que l’on l’a connu jusqu’à maintenant va progressivement disparaître.

Deuxième Ornithorynque : Si, à travers toutes les installations d’un certain nombre de personnes qui travaillent dans le virtuel (on ne va pas citer des noms) se pose le problème du statut du nouveau camembert compte tenu de cette interaction avec le pinard et cet environnement virtuel, et si remettre en cause l’image traditionnelle du camembert comme constante gastronomique, est-ce que cette constante se retrouve davantage dans ce qui serait de l’ordre de nouveaux signes, d’un nouveau langage et d’une nouvelle intériorité ?

La Licorne : Oui, c’est bien la question

Troisième Ornithorynque : On a dit plein de choses,

La Licorne : Oui, bien sûr parce que c’est quelque chose qui est là.

Troisième Ornithorynque : Quand tu parles du Cantal, je crois que tu parles de fromage du Cantal…

La Licorne : C’est tout de même un regard qu’a le consommateur…

Deuxième Ornithorynque : Grande licorne, je te remercie beaucoup de venir parfois manger notre camembert.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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