Quatre magiciennes

musessueur

Toile d’Eustache Le Sueur

La première inspira des vers et de la prose
Comme j’en écrivais quand j’avais dix-sept ans ;
Une autre m’emmena dans les bois envoûtants
Qui jadis s’étendaient au nord-est de Formose.

Puis une autre m’offrit quelques nuits parisiennes ;
Quelques lettres aussi, sur du beau papier bleu.
Et puis… Que puis-je dire, à présent, je suis vieux,
Pourquoi de ces douceurs faut-il qu’il me souvienne ?

Hélas ! J’ai même appris (un jour d’anniversaire)
Qu’une charmante amie d’antan ne vivait plus ;
Ne restent que les mots, combien de fois relus,
Des lettres que je range au bas d’une étagère.

Cochonfucius

Trois enchanteresses

triade

Composition de l’auteur

La première admire une branche
Qui verdira jusqu’en été ;
Le buisson vers elle se penche,
Par son charme il est enchanté.

La deuxième explore un grand songe
Qui se déroule, lentement,
Dans un silence qui s’allonge
Comme le discours d’un amant.

La troisième est un peu farouche ;
Elle se souvient d’un ami.
On pourrait lire sur sa bouche
Le nom que l’amour y a mis.

Cochonfucius

Un goinfre hybride

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image de l’auteur

De l’aigle-porc la soif inassouvie
Est bien la soeur de sa voracité ;
Puis il a l’air de s’en féliciter,
Car il nous dit qu’il aime faire envie.

Or, sa compagne est loin d’être ravie
Qu’un tel monstre ait tant de capacité ;
Elle proteste avec férocité,
Vaine fureur, de nul effet suivie.

Mais peut-on lui trouver une vertu ?
Un tel sujet longtemps fut débattu,
Sans qu’il en pût sortir un arbitrage.

Donc, avec lui n’ayez pas de rapports,
C’est déplaisant, quand même, un aigle-porc,
Pour les humains, sa vue est un outrage.

Cochonfucius

Ashley-Spears-Piggle

Pavillon du confiné volontaire

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image de l’auteur

Il quitte rarement son logis confortable,
Sauf s’il a décidé d’aller je ne sais où;
Il vit entre ces murs comme un rat dans son trou,
Mais cela n’est pas loin du bonheur véritable.

Son coeur et ses poumons sont dans un état stable,
Et quant à son travail, il n’en fait pas beaucoup;
Pour un peu de lecture il dépense trois sous,
Heureux quand un auteur lui semble inimitable.

En l’âme du reclus ne sont que tièdes flammes,
Mais il garde le goût du sourire des femmes;
Une d’elles lui parle et ça le rend heureux.

Son bureau contre un mur et sa petite chambre
Et de longs jours passés sans fatiguer ses membres,
Rien de bien remarquable et rien d’aventureux.

Cochonfucius

Robert le héros

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Robert saute les frontières,
Il chante quand vient le soir ;
Accroché à la portière,
Il agite son mouchoir.

Il fait du feu sous les arbres
Pour réchauffer les amants,
Pour qu’ils ne restent de marbre :
Il les préfère déments.

Et pour rejoindre Florence
Il prendra tous les chemins,
Il ne craint point la souffrance
Ni de se meurtrir les mains.

Il va, sous un ciel opaque,
Il fait sa route aujourd’hui
Comme un marcheur de Saint-Jacques
Devant qui l’horizon fuit.

Il la chante à pleine gorge,
Sa jolie chanson d’amour,
Les motifs que son coeur forge
Et déforme tour à tour.

Il s’adresse aux anonymes,
Les entraînant, corps et biens,
Au vagabondage ultime
Des prophètes et des chiens.

Robert, ton renom se dresse
Tel la flamme d’un grand feu !
Tu mets fin à la détresse
Des laboureurs et des boeufs.

Tu éclaires de ton rire
La forêt aux cent parfums ;
Ta silhouette se mire
Au long des canaux défunts.

Tu as trois cents amoureuses
Qui la nuit rêvent de toi ;
Mais c’est ta muse égareuse
Qui peut te dicter sa loi.

Tu longes les précipices
En allant voir tes amis ;
Ton poème d’aujourd’hui
Est comme un feu d’artifice.

Oublie les critiques vaines,
Donne-nous de beaux écrits ;
Tu ne perdras point ta peine,
Tu ne perdras point ton cri.

Robert, héros de la langue,
Nous partageons ton festin,
Nous oublions notre cangue,
Nous butinons ton butin.

La poésie et l’ivresse,
Les livres et les bouteilles :
Pas besoin d’autres maîtresses,
Pas besoin d’autres merveilles.

Cochonfucius

Oisiveté dominicale

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Assemblage de l’auteur

Le dimanche matin, près des boutiques closes,
Ou le long d’un grand parc où s’ouvrent mille roses,
Ou dans la fraîche impasse ombragée de tilleuls,
Je vais droit devant moi, comme un paisible aïeul.

Désert, le cimetière aux innombrables tombes,
Pas même le corbeau ni la blanche colombe
N’y sont présents ce jour. Las de me promener,
Je m’assois au fond d’un jardin abandonné,

Et ces quelques quatrains paisiblement se forgent
Dans un grand carnet noir que j’ai toujours sur moi ;
J’écris ce texte au son des cloches du beffroi,

Sous l’oeil indifférent d’un jeune rouge-gorge.
Mais je n’aligne point les rimes par milliers :
Ils offrent l’apéro, mes voisins de palier.

Cochonfucius

Vincent Hyspa voit un baromètre

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Toile de Watteau

Printemps dont l’an dernier se réchauffait mon âme,
Tu es froid cette année, je le dis et proclame !
Je te connus, brillant et joyeux dans les coins
Où j’allais caresser les belles, faisant foin

De raison, de décence ainsi que de mesure.
L’herbe jeune était tiède au gré de nos désirs ;
Le soleil lui donnait un éclat de saphir
Et le vent dans les bois répandait son murmure.

Le ciel de cette année me semble un ciel d’hiver,
Les sentiers, des torrents aux trop boueuses rives ;
De rustiques amours, c’est ainsi qu’on se prive,

L’herbage est trop mouillé, même s’il est bien vert.
Allons donc nous chauffer au bon feu de la forge ;
Buvons une infusion contre le mal de gorge.

Cochonfucius

Le barde se tient dans l’ombre

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Composition de Sheryl Luxenburg

Le barde se tient dans l’ombre ;
Du village lui parvient
La rumeur des gens sans nombre,
Et des grondements de chiens.

Dans une ferme on égorge
Un cochon presque un peu vieux ;
Au loin retentit la forge
Et la cloche appelle Dieu.

C’est la vie, il faut la prendre
Telle que nous la ferons ;
Puis nous deviendrons des cendres
Et les gens nous oublieront.

Cochonfucius

Actinoptérygien de sinople

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image de l’auteur

Ce poisson n’est pas rouge, il n’est pas non plus rose,
Il est d’un joli vert, sauf s’il est amoureux ;
Car quand ça lui arrive, il devient plutôt bleu,
Je n’ai jamais compris quelle en était la cause.

Il n’écrit pas de vers, mais pas non plus de prose,
Sa plume ne saurait choisir entre les deux ;
Il énonce parfois des propos hasardeux,
Mais c’est très anodin, nul ne s’en indispose.

Il aime l’eau de mer, et d’ailleurs, il en boit,
Un jour il prit du vin, ce fut une aventure,
Ce n’était pas vraiment conforme à sa nature.

Souvent, sur une épave, il prélève du bois
Pour orner le logis dans lequel il s’abrite,
Mais par aucun auteur n’est sa maison décrite.

Cochonfucius

Chapelle en un quartier désert

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image de l’auteur

Dans ce sobre édifice, abri pour le flâneur,
J’observe que parfois un vieillard vient et prie;
Moi, j’aime y contempler l’image de Marie,
Ou de saint Isidore, ou d’autres saints, mineurs.

Sur une croix se tient le charpentier sauveur
Dont la parole fut comme une poésie;
Pour les prêtres d’alors, ce fut une hérésie,
Mais nous en retenons la subtile saveur.

Au temps jadis, David a mis dans un poème
L’ardeur d’un noble roi qui sait que Dieu nous aime;
Tu t’en es souvenu à la fin de tes jours.

Tes mots qui donnent vie aux livres qu’on imprime
Nous apaisent le coeur mieux que de vaines rimes,
Tu désarmes la haine, il nous reste l’amour.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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