Hommage à Eudore Evanturel

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Photographie de Wikimedia Commons

Je chante dans la paix du soir.
Ma chanson n’a rien de mystique,
Je regarde s’il va pleuvoir
Sur les toits de la basilique.

Il me semble entendre la voix
À la fois grave et triomphale,
Des grands archanges d’autrefois,
Chassant la froidure hivernale.

Et dans mon fief de Saint-Denis
Montent les rumeurs familières.
Il faut que je fasse mon lit,
Faut que je règle la chaudière.

J’aime ce monde familier
Toute mon âme en est éprise,
Je parle aux voisins de palier
Dans la lumière déjà grise.

Puis nous partageons des boissons.
Le soleil rouge comme braise
S’enfonce au fond de l’horizon.
Les rumeurs du quartier se taisent.

Le regard des astres lointains
Eclaire les gens et les choses.
Il fera jour demain matin,
Quand surgira un soleil rose.

Tous les soucis que vous aviez
Vous laisseront la paix complète :
Suffit pour ça que vous dormiez
Dans la sérénité parfaite.

Allez prendre du rêve chez
La tendre muse de Saturne :
De vous ne sauront s’approcher
Les sombres tristesses nocturnes.

Cochonfucius

En étrange pays

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L’apôtre s’est perdu au pays des licornes ;
Leur reine a décidé d’en faire son valet,
Préposé à ranger les salles du palais,
Contenant le désordre entre de justes bornes.

Ainsi passent des jours emplis de corvées mornes ;
Pierre va, sans rien dire, et passe le balai,
Ajuste les tapis, referme les volets,
Nettoie les bibelots dont la cheminée s’orne.

Mais au bout de sept ans, l’apôtre ayant vieilli,
La reine en son Conseil des Sages l’accueillit ;
Un autre fut chargé d’enlever la poussière.

Rome n’est plus au coeur du grand apôtre Pierre ;
Renonçant à trôner en roi capitolin,
Il veut être appelé, tout simplement, Merlin.

Cochonfucius

Dérive urbaine

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La licorne est à Rome ainsi qu’au Labyrinthe ;
Elle avait fui les champs qui grouillaient de chasseurs,
Mais pour quitter la ville, aura-t-elle un passeur ?
Elle suit les trottoirs, son coeur est plein de crainte.

Elle foule à présent la terre vaticane
Et c’est déjà le soir, l’heure entre chien et loup
Qu’illustrent les exploits du Père Dupanloup.
Licorne, méfie-toi, si tu vois sa soutane.

La licorne soudain revoit son copain Pierre
(Qu’elle avait fréquenté sous le nom de Merlin) ;
Il trône en majesté aux monts capitolins…
Sauf que ce n’est pas lui : c’est sa statue de pierre.

Cochonfucius

Maison de plain-pied

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image de l’auteur

C’est un petit refuge aux murs ornés d’images,
La modeste cellule où j’écris, le matin ;
Tranquille est ce bureau dans le jour incertain,
Les arbres du jardin lui donnent peu d’ombrage.

Je ne sais qui vécut jadis en ces parages,
La maison fut bâtie en un temps très lointain.
Virgile aurait aimé la décrire en latin,
Lui qui aimait les lieux qu’entourent les herbages.

Il fait frais en été, il fait tiède en hiver,
Recouvrant la clôture est un lierre bien vert ;
Au-dehors, la ruelle a très peu de passage.

D’autres vont installer leur logis dans les champs,
Qui ont certes raison, puisque c’est leur penchant ;
Car fort nombreuses sont les façons d’être sage.

Cochonfucius

Les embrouilles nocturnes

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Gravure de Dürer

Cette intervention parle des embrouilles nocturnes.

Le grand rhinocéros précède tous les cloportes, et cette troupe nocturne traverse le jardin.
Les cloportes ont pour consigne de régler sur le pachyderme leur course.

Et déjà la nuit humide avait presque atteint la borne médiane du jardin ; les libellules, couchées
sous leurs longues ailes, sur les bords de la mare, laissaient se détendre leurs membres
dans un paisible repos, quand le chameau, du sommet d’un palmier se précipitant, tout vaporeux,
écarta les airs ténébreux, repoussant les cloportes. Il te cherchait, toi le rhinocéros,
t’apportant des songes affreux, à toi sa victime innocente. Le chameau s’installe sur une branche
du rosier, sous les traits d’une luciole, et de sa bouche coulent ces paroles doucereuses :

« Mon pote, mon rhino, les cloportes portent la poisse,
les brises soufflent, maudites ; ton heure est au cadran de mon horloge de la mort.
Pose ton mufle et dérobe au travail tes yeux de vache difforme.
Je te remplacerai moi-même pendant les siècles qui vont suivre ;
La planète Distillation n’en poursuivra pas moins sa course vagabonde. »

Levant à peine les yeux vers lui, le rhino lui répond :
« Est-ce à moi que tu ordonnes de méconnaître les aspects paisibles
et le terreau tranquille du jardin ? Dois-je me fier à tes prodiges ?

Pourquoi en effet, irais-je te confier mon existence terrestre ? J’ai été tant de fois abusé
par des brises trompeuses et la ruse d’un chameau insupportable. »

Ainsi étaient ses dires ; fortement agrippé à la tige du rosier,
il ne déviait nullement et fixait les yeux sur la lune pleine.
Et voici que le chameau agite autour du front du rhino un rameau de ce rosier fatidique.
Le rhino est hésitant, ses yeux devenus vagues se sont fermés.
Ce repos soudain avait à peine relâché ses membres,
que le chameau se pencha sur lui et précipita son corps dans les orties.
Mais il a une peau si épaisse qu’il s’en sort bien pour cette fois.
Le chameau, comme une bulle savonneuse, s’envole et s’élève dans les airs légers.
Le peuple des cloportes n’en continue pas moins pas moins son existence paisible,
et pourvu que cela dure ! comme disait la maman du général corse.

Cochonfucius

Grande oie rêveuse

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image de l’auteur

Cette oie va méditer dans un jardin de roses,
Écoutant les leçons de son ami, le porc ;
C’est un oiseau qui prend rarement son essor,
Mais qui sait savourer des vers et de la prose.

Quand sur le vert gazon ses larges pieds se posent,
Ce subtil animal se sent bien dans son corps ;
Elle ne cherche point de fabuleux trésors,
Elle mange, elle boit, puis elle se repose.

Cette dame emplumée ne chante pas en vain,
Lui répondent souvent des messages divins
Et son âme n’est point à ce monde fermée.

Quand elle entend les mots du vieux coq à l’oeil bleu,
Elle aurait presque envie d’être sa bien-aimée ;
Mais à son brave jars, comment dire un adieu ?

Cochonfucius

La forme d’un ange

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Dessins de Dalí et Mizhak

Un ange, c’est vraiment un étrange animal.
Autant, par son visage, il nous fait bonne mine,
Autant il nous surprend, sitôt qu’on examine
Le reste de son corps, qu’il a phénoménal.

Curare 2

En plus, on dit qu’il peut siéger au tribunal,
Que la gloire de Dieu par sa voix s’illumine,
Qu’il est plus fort que Zeus quand son glaive fulmine,
Que des divins décrets il se fait le canal.

Moi, je le vois plutôt comme un sombre corbeau,
Ou comme les vautours qui sont près des tombeaux,
Attendant que le mort cesse de se débattre.

Même s’il est puissant, il ne sait pas pourquoi,
Il est sans libre arbitre, esclave de la loi,
Comme une marionnette en son petit théâtre.

Cochonfucius

Faucon de gueules

ecxe

image de l’auteur

Je suis celui qui chasse au mépris du danger,
Cela pour les beaux yeux de ce maître que j’aime ;
Et mon corps peut braver les conditions extrêmes,
Car je montre toujours un courage inchangé.

Un noble serviteur de ma cage est chargé,
C’est un très jeune page au beau visage blême ;
Il compose des vers sur de très nombreux thèmes,
Ce sont de bons morceaux qu’il me donne à manger.

Je fus apprivoisé d’une manière douce
Et mon corps a grandi, comme un bel arbre pousse ;
Le prêtre me respecte, et l’alchimiste aussi.

Du poisson qu’on me donne, on ôte les arêtes,
C’est un grand cuisinier qui ce délice apprête ;
Je suis l’oiseau joyeux, le faucon sans souci.

Cochonfucius

Méditation du griffon d’azur

ecpe

image de l’auteur

— Je ne me soucie point des affaires humaines,
Je songe à l’Univers en buvant l’eau du puits ;
Je contemple, pensif, l’approche de la nuit
Et je verrai bientôt monter la lune pleine.

Je me souviens d’avoir courtisé des sirènes,
Mais que Poséidon se les garda pour lui ;
Cette histoire est perdue dans le temps qui s’enfuit,
Ainsi se sont éteints le désir et la peine.

Que m’importent, d’ailleurs, les gestes de tendresse,
Mon corps jamais ne fut très sensible aux caresses ;
Ce sont d’autres émois qui font battre mon coeur.

— Ce griffon, atteignant l’âge d’être grand-père,
Est rempli de sagesse, ou du moins, je l’espère ;
Pourtant je me méfie de son esprit moqueur.

Cochonfucius

Planète Huxleyandra

eclx

image de l’auteur

Les habitants d’ici sont pleins d’extravagance,
Les plus nobles d’entre eux se prennent pour des lions;
Le pouvoir met un terme à chaque rébellion,
Surtout celles des gens de moindre intelligence.

Si parfois l’un d’entre eux se prend pour Pygmalion,
Un mentor le rappelle au sens des convenances ;
Ils trouvent dans le vin des flots d’impermanence
Et la muse parfois leur sert de tabellion.

Quelquefois, l’un d’entre eux du monde se délivre,
Ayant cessé d’avoir des projets d’avenir,
Acceptant sans broncher de se faire bannir.

Leur façon d’exister, c’est tout un art de vivre,
Ils regardent de haut la lune et le soleil
Et n’ouvrent un bouquin que quand ils ont sommeil.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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