Moine d’azur

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Heureux d’écrire un vers auquel il a pensé,
Il a presque perdu le goût des choses vaines ;
Le Fils du Charpentier mit un terme à ses peines,
De prier, cependant, il n’est point dispensé.

Quand il était plus jeune, il voulait se lancer
Au pénible sentier qui vers la gloire mène ;
Mais il n’éprouve plus cette faiblesse humaine,
Il n’achèvera point le rêve commencé.

Ce moine tout un jour en cellule demeure,
Dans sa sérénité ne comptant pas les heures,
Jusqu’à ne plus savoir s’il est lui-même, ou rien.

Il aime déchiffrer le jargon de la brise.
Dont assez fréquemment fut son âme surprise,
Et puis il se nourrit de son pain quotidien.

Cochonfucius

La sagesse du jardinier

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Toile de Enzie Shahmiri

Le prince qui venait de son humble planète,
Qu’il fut désemparé en voyant, par milliers,
Des roses lui parler sur un ton familier !
« J’ai déjà bien du mal avec une fleurette,

Face à ce nombre-là je cours à la défaite ! »
Mais il fut détrompé par un vieux jardinier
Qui sagement taillait les buissons printaniers :
« Une rose isolée a su te tenir tête,

Car elle est tout pour toi, définitivement.
Chaque rose est pour moi un petit élément
Qui dans le vaste Tout, n’est rien d’indispensable.

L’individu qui sent l’intérêt général
En subit la contrainte et l’ascendant moral,
Comme au souffle du vent se livre un grain de sable ».

Cochonfucius

Pique-nique des libellules.

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Collage de Reggleston

Prévert offre un festin à quelques libellules.
Il leur sert une esquisse, une immobile fleur,
La cendre d’un cigare, un crayon de couleur,
L’os du moindre souci, la peau d’une virgule,

La sainte trinité coincée dans une bulle,
Le latin, le sanscrit et le grec sans douleur,
Une âme de gendarme, un grand coeur de voleur,
Deux entretiens publics et trois conciliabules,

Bouddha au pied d’un arbre et son vaillant cochon,
Les dix commandements brodés sur un torchon,
Une licorne pure, un éléphant mystique,

Un savoureux costume, un sonnet farfelu…
Mais une libellule a dit : « N’en jetez plus,
Tout ce que nous voulions, c’est manger des moustiques ».

Cochonfucius

Le seigneur des rouages

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Il dessine des plans aux lueurs des chandelles,
Son travail d’ingénieur est étrange pour moi ;
Il rêve une machine, il écrit sans émoi
Ce que nous permettra cette chose nouvelle.

La critique envers lui jamais ne fut cruelle,
Qui toujours le trouva penseur de bon aloi ;
Car de la mécanique il applique les lois
Et pour son doux regard, les équations sont belles.

Quand je fus un chercheur, je l’entendis souvent
Passer d’un théorème à l’axiome suivant ;
Par désir de comprendre, et non point de fortune.

De ses beaux manuscrits, il donna la primeur
Au rhapsode subtil, ami de l’imprimeur,
Dont toujours il guettait la retouche opportune.

Cochonfucius

un an après

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Toile de Ashley Baldwin-Smith

Un an vient de passer, bref comme une semaine.
Le temps n’est qu’illusion, disent les physiciens,
Moquant le « temps réel » des informaticiens ;
Année après année les mêmes jours ramène.

Sur les bords de ce lac où nul ne se promène,
Tu n’entendras chanter nul oiseau musicien :
Les a chassés de là un mauvais magicien
Qui décourage aussi toute présence humaine.

Ni ondine dans l’eau, ni licorne au bocage ;
Pas un centaure en marche au frais, sous les ombrages,
Pas de troll sous la feuille et pas même, un lutin.

Paysage embelli de ces mêmes absences,
Comme est noble l’hiver, comme est grand le silence,
Comme l’indiscernable est beau, dans le lointain.

Cochonfucius

Nef grandiose

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image de l’auteur

Nous étions vingt marins sur la nef de fierté,
Bravant le calme plat par temps de canicule ;
Le Seigneur Cachalot nous trouva ridicules,
Ce qui, je le confesse, était bien mérité.

Nous étions vingt rêveurs épris d’éternité,
Emportés par Chronos qui jamais ne recule ;
Et certes point de ceux qui leur route calculent,
Mais errant au hasard des lieux inhabités.

Face à l’adversité, nous restions impassibles,
Mais notre coeur, pourtant, n’était pas insensible,
Qui de cet Univers admirait la grandeur.

Or, je ne sais pas quand nous reviendrons à terre :
Comment abandonner cette nef de splendeur ?
Se perdre sur les eaux, rien n’est plus salutaire.

Cochonfucius

Chanson du roi d’amour épris

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Toile de Waterhouse

— Que fais-tu loin du fleuve, ondine,
Que fais-tu loin des flots ?

— Je cherche celle qui domine
Mon petit coeur pâlot.

— Va donc la quérir dans la plaine
Où pousse un champ de lin :
Elle y était l’autre semaine
Avec un troll malin.

— Plaine qui bordes le grand fleuve,
Qu’as-tu vu, s’il te plaît ?

— J’ai vu la fille en robe neuve
S’en aller au palais.

— Roi, rendez-moi mon amoureuse,
Un harem vous avez ;
Et par votre route pierreuse,
Nous pourrons nous sauver.

— Je suis amoureux, pauvre ondine,
Donc, je ne suis plus roi ;
Licorne, reine ou gourgandine,
L’amante fait sa loi.

Cochonfucius

Cor sans nom

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À Roncevaux surgit la menace incertaine,
Les chevaux sont cabrés sous les éperons d’or ;
Les chevaliers vaillants suivent leurs capitaines
Et le seigneur Roland, qui fut comte en Armor.

Ils ne reverront plus les bouleaux ni les chênes
Parmi lesquels courait la chasse, au son du cor ;
Et Roland tout à l’heure en sonnera bien fort,
À se déchirer l’âme, à se rompre les veines.

Roncevaux, lieu d’histoire et lieu de souvenir,
Tu vois Turpin l’évêque empressé de bénir
Les mourants et les morts, combattants de légende.

Quand la nuit tombera sur le val embrumé,
Par quelques survivants ils seront inhumés ;
L’empereur ne dit rien, tant sa tristesse est grande.

Cochonfucius

Transmutation Mystique

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Toile de Giorgio de Chirico

L’écriture accomplit une cuisson mystique :
La matière des mots acquiert un nouveau ton.
Chaque phrase devient un vers énigmatique,
Chaque route un nouveau parcours de marathon.

Il est riche de sens, l’arrêt épisodique
Au cours duquel ton coeur médite sur les noms
Et sur les artefacts auxquels on les applique.
Loin des grands postulats, loin du oui et du non,

L’écriture accomplit sa portion de chemin
Parce que nous avons la foi dans nos deux mains
Et que nous comprenons le jargon de la brise.

Ainsi, nous écrivons, et ce n’est pas du vent.
Le sens au fond de l’âme, et la plume au-devant;
Le sort peut l’éprouver, jamais il ne la brise.

Cochonfucius

Moine du désert

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image de l’auteur

La main du pénitent consacre ce qu’il touche,
Le sable du désert embellit son habit ;
Et dans son ermitage où la mouche vrombit,
Nul démon ne s’attaque à ce moine farouche.

Lui qu’on servit jadis, et même à pleines louches,
Ne boit que de sa source au très maigre débit ;
Dans l’effort qu’en ces lieux son pauvre corps subit,
Il fait de sa vertu la racine et la souche.

En prière à midi, dans l’aurore ou le soir,
Jamais dans sa cellule on ne le voit s’asseoir ;
Héros sans étendard, travailleur sans salaire.

Le vent touche la dune et lui donne un frisson,
Elle qui a regret de ses dieux tutélaires
Qu’elle n’entendra plus chanter à l’unisson.

Cochonfucius

 

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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