Quand j’avais vingt-deux ans

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Assemblage de Cochonfucius

Quand j’avais vingt-deux ans, je lisais Roland Barthes
En répétant souvent : « Ce n’est pas de la tarte » ;
Je surlignais le texte, aussi, en maint endroit,
Et j’en ornais les murs de mon logis étroit.
Tout ce labeur était exercice d’école ;
Rétrospectivement, je le trouve frivole,
Projet un peu subtil, inutile à la fois,
De l’Université c’est, peut-être, une loi.

(Victor, pardonne-moi, je saute quelques lignes :
Ma plume craint un peu l’abondance des signes).

Conclusion du jury : « Ce n’est pas trop mauvais,
Nous vous accorderons pour cette oeuvre un brevet ;
Vous avez d’un chercheur le talent et la flamme,
Et la patience, aussi, du galérien qui rame ».
C’était un mandarin au jugement très sûr
Qui parlait, m’observant de son regard d’azur.

Quarante ans de carrière à présent je contemple
Dans mon bureau vétuste, orné comme un vieux temple.
Le long de mes trajets, me saluent quelques fleurs ;
Je chante le plaisir, plutôt que le malheur ;
Les copains vont disant : « Tu en as, de la veine,
De pratiquer ainsi l’alexandrin sans peine ! ».

Cochonfucius

Vestale des nuages

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image de l’auteur

Sous le grand firmament son charme déployé
Pourrait bien émouvoir les astres immuables ;
Dame du mauvais temps, vestale mémorable
Que séduisit jadis un ange dévoyé.

Par l’orage des cieux les vagabonds noyés
Tournent vers le zénith un regard pitoyable,
À la Dame disant « Nous voilà misérables » ;
Vainement ces soupirs lui seront envoyés.

En se remémorant les défuntes années,
Elle revoit tous ceux qui l’ont abandonnée,
Dont le regard absent l’obsède tous les jours.

Est-on sûr qu’elle existe ? Est-on sûr qu’elle vive,
Du Cupidon farceur n’attendant nul secours
Sur le sombre nuage où son âme est captive…

Cochonfucius

Saint Polychrome

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image de l’auteur

De sobrement prêcher il avait le souci,
Avec des mots bien clairs et des pauses fréquentes ;
Il disait que notre âme est une verte plante
Qui veut de la lumière et du bon air aussi.

Sa voix nous enchanta, son discours fut précis,
Il fut bien ordonné malgré sa vie errante ;
Très peu de serviteurs et jamais de servante,
À la Mort il disait : « Je suis à ta merci ».

Te souviens-tu de lui, toi qui fus son amie ?
Vous étiez amusés de vos antinomies,
Tu étais provocante, il était indulgent.

Il est vieux maintenant, sa force est consumée,
Tous ses naïfs espoirs sont partis en fumée ;
Ainsi va notre vie, en ce monde changeant.

Cochonfucius

Nef sans envergure

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image de l’auteur

Sur cette nef en mer nous fûmes vingt ou trente
Avec de la morue, toujours, pour tout repas.
Au début, nous aimions cette chair odorante,
Nous étions enchantés, mais ça ne dura pas.

Même étant préservé de la faim dévorante,
Le lieutenant rêvait d’un chapon gros et gras ;
Nous regardions danser la mer indifférente
En hissant le grand foc à la force des bras.

En songe, nous avons contemplé des merveilles,
De savoureux desserts, des crêpes, des gâteaux,
Puis tous les fruits du monde emplissant des corbeilles.

Allons, ne rêvons pas, ce n’est qu’un vieux bateau,
On n’y sert point des plats comme en ce bon resto
Où je buvais, jadis, à l’ombre d’une treille.

Cochonfucius

Don Quichotte du Pacifique

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image de l’auteur

Don Quichotte chevauche un poisson monstrueux.
D’est en ouest, une étoile a traversé les cieux,
Sa route est rectiligne, et je la trouve étrange ;
On peut en soupçonner l’ivresse de son ange.

Voyant le chevalier s’avancer, on sentait
L’auguste majesté d’un héros qui se tait ;
Dans l’immobilité de son visage blême,
On captait la grandeur d’un combattant suprême.

Pança, qui le suivait, sur un congre d’airain,
Semblait faire confiance à l’Océan Serein ;
L’honorable valet, qui nullement ne tremble,
Par l’intrépidité à son maître ressemble.

Cochonfucius

Épicurisme d’un porc

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image de l’auteur

C’est un cochon flâneur, il médite en marchant,
Lui qui de rêvasser bien rarement se lasse ;
Et quand il se croit seul, il répète à voix basse
Les phrases d’un récit, les paroles d’un chant.

Il traverse la ville, il traverse les champs,
Il explore les rues, il traîne sur les places ;
Il voit tout ce qui change au fil du temps qui passe,
Son corps qui devient lourd, et son pas trébuchant.

Dans les nuits de sommeil ou dans les nuits de veille,
Dans les conversations autour d’une bouteille,
Une idée se dessine, un poème prend corps ;

Différent des moutons que le berger rassemble,
Il s’attache à tous ceux qui point ne lui ressemblent,
Car c’est un réconfort pour son coeur de vieux porc.

Cochonfucius

une déploration (en hommage à Roger Lefebvre)

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Toile de Picasso

J’aurais voulu chanter des mondes idylliques,
Mais mon coeur se renferme ainsi qu’un escargot.
J’aurais été athlète, aux athéniens portiques,
Marin de haute mer ou cueilleur d’abricots

Mais voilà, je survis dans ce monde merdique,
Comme en un tas de viande un modeste asticot,
Je traite mes voisins de façon pacifique
Et nous nous regardons en mangeant du gigot.

J’aurais voulu graver des strophes impériales
Ou célébrer ma joie ainsi qu’une cigale,
Honorer des héros par-­delà leur trépas ;

Mais je suis là, timide, et ma plume en déroute
Glane des mots banals au long des tristes routes,
Tels qu’en les relisant, je ne les comprends pas.

Cochonfucius

L’apôtre Coquillard

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image de l’auteur

Il n’a point le talent de prévoir les orages
Mais peut, d’une parole, apaiser la douleur ;
Cet apôtre n’est pas un oiseau de malheur,
Son verbe est plus vaillant que force ni que rage.

Dans Babylone, il a prié sur les rivages
Et l’encre sous sa plume a diverses couleurs ;
Les buveurs du quartier le voient comme un des leurs
Car à la tavernière il parle sans tapage.

Cet apôtre est subtil : il nous raconte, au lieu
De la réalité d’un évanescent dieu,
Celle des inspirés qui s’en vont à sa quête.

Je trouve une sagesse au reflet de ses yeux
Qui de nombreuses fois m’ont permis de voir mieux :
Ce lumineux apôtre, il vaut tous les prophètes.

Cochonfucius

Fantôme d’un coq

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image de l’auteur

En rêve, il s’en retourne en je ne sais quels lieux,
Il goûte encore un peu de vin sous les tonnelles ;
Il n’est pas attiré par les choses nouvelles,
Il est indifférent aux caprices des cieux.

Jamais il ne perçut la présence de Dieu
(Et qu’en aurait pu dire une raison mortelle ?) ;
Jamais il ne connut la sagesse éternelle
Ni rien qui s’en rapproche, et d’ailleurs, c’est tant mieux.

Bien loin de la fortune et loin de la misère,
On n’entend point de lui des paroles amères ;
Même, on le voit sourire à de tendres faveurs.

Sans recevoir d’honneurs, il a sauvé la face ;
Il compose ces vers qu’il récite à voix basse,
Et dont il apprécie la timide saveur.

Cochonfucius

L’Unique

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Photographie de Robert Doisneau

L’Être-là dans un bar a rencontré l’Unique.
C’était il y a longtemps, du côté de Fribourg.
Sur la soif d’être ils ont exposé, tour à tour,
Leur propre perception et leur problématique.

Ce bar ne résonnait que de métaphysique,
C’est pourquoi le climat en était un peu lourd,
Surtout quand prospérait un dialogue de sourds.
«Rien ne doit, dit l’Unique, être systématique,

Sinon tes propres mots pourraient se mettre à fondre».
«J’ai compris, répond l’Être, un point où tout s’effondre
N’aura ni haut ni bas, étant comme un trou noir

Quelle conversation ils auront pu conduire,
C’est ce que ce sonnet ne peut pas reproduire :
La fin est obscurcie par les vapeurs du soir.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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