Bouviers et minotaures

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image de l’auteur

Les sages bouviers d’or ont les deux pieds sur terre,
Avec cet univers leur âme est en accord ;
Ils sont heureux de vivre, ils sont simples et forts,
Sur le champ de sinople, ils sont à leur affaire.

Minotaures volants, vous avez tout pour plaire,
Votre plumage rouge et votre puissant corps
Font de vous les phénix de ces plaines du Nord ;
Oiseaux les plus charmants et les plus populaires.

J’écrirai, si je peux, de vos vies le roman,
Comment vous vous montrez les plus tendres amants,
Comment vous défendez toujours le bon usage ;

Mais nous devons aussi célébrer les gardiens,
Ces hommes grâce à qui vos jours se passent bien ;
Je vous l’entends chanter, dans votre beau langage.

Cochonfucius

Antichiroptère

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image de l’auteur

Cet antichiroptère est le fils d’un satyre
Duquel il hérita le redoutable coeur ;
Il n’est pas fils de roi, n’est pas fils d’empereur,
Mais il se satisfait des vierges qu’il attire.

Des puissants de ce monde il n’est jamais le sbire,
Car il ne lui plaît pas de servir les vainqueurs ;
Mais quand un duc l’invite à boire des liqueurs,
Cet animal rétif devient un joyeux sire.

Il ne lui convient pas d’obéir aux pantins,
Lui qui veut se charger tout seul de son destin
Dont les clins d’oeil, parfois, lui sont une espérance.

Son père sévissait, prédateur sans pitié,
Mais il était aussi capable d’amitié :
D’un tel homme, il apprit l’amour et la souffrance.

Cochonfucius

 

Lune bleue

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Photographie NASA

La licorne arc-en-ciel est partie sur la lune,
C’est un coin où le ciel n’est jamais nuageux.
Elle arpente les mers de son pas ombrageux,
Descend dans un cratère, escalade une dune.

Parfois, elle s’arrête, et rêve de lagunes,
D’arbres et de moineaux, et de sommets neigeux,
Mais ne renonce point à l’exil courageux
Et commence à bâtir un abri de fortune.

Sur le ciel toujours noir se détache la Terre,
Et quel ravissement de capter sa lumière
Qui tranche avec éclat sur le fond sidéral !

La licorne, baignée de tendres souvenances,
Sur le sol de la lune esquisse un pas de danse,
Illuminant soudain ce monde minéral.

Cochonfucius

Héraldiste improvisateur

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image de l’auteur

Il trace des blasons sur son livre d’images,
Lui qui est assisté d’un Fringant Papillon ;
Il trempe son pinceau dans un beau vermillon,
Inspiré quelquefois par les propos des sages.

Il montre un animal domestique ou sauvage,
Un laboureur, parfois, penché sur son sillon ;
Ses couleurs sont souvent celles d’un pavillon
Ou celles des beaux fruits venant d’autres rivages.

Il est très inventif, mais il est un peu fou ;
Son âme cependant n’en souffre pas du tout,
Qui depuis fort longtemps vit avec ce problème.

Sur le prochain écu qu’il nous proposera,
Nul ne sait à présent ce qu’il disposera ;
Un tigre, une licorne, une dame qu’il aime.

Cochonfucius

Ornithotigre

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image de l’auteur

Dans un coin peu connu d’une province indienne,
Vit un ornithotigre ; il est charmant à voir.
Par ce fier prédateur, beaucoup se font avoir
Parmi les animaux qui font leur méridienne.

Mais lui, s’il n’a rien pris, dit «Qu’à cela ne tienne,
Je vais utiliser mes magiques pouvoirs» ;
Car il est détenteur d’un ancestral savoir,
Les victimes alors auprès du tigre viennent.

Un ange carnassier le voit du haut des cieux,
Il aime le voir vivre, innocent, sous ses yeux,
Comme on aime en été voir chanter la cigale.

Un oiseau peut fort bien au tigre ressembler ;
Or, jamais, devant lui, l’homme ne doit trembler,
Car, en notre présence, il est d’humeur égale.

Cochonfucius

Trois planètes ivres

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image de l’auteur

Ces trois astres rocheux sont parcourus d’orages ;
Ils dansent follement autour de leur soleil.
Nul ne peut résister aux vents qui les ravagent,
Nul n’est jamais certain d’y trouver le sommeil.

Vers ce secteur maudit, ne va pas en voyage,
D’un poète astronaute écoute le conseil ;
Bien d’autres n’ont laissé, qui là firent naufrage,
Aucune trace d’eux ni de leur appareil.

Si tu veux, si tu peux, navigue dans un rêve,
Tu auras pour mentors les ondins de la grève
Savourant du printemps la nouvelle vigueur ;

Sois cette âme inspirée dont l’audace défie
Le sombre quotidien qui nous ronge le coeur,
Invincible est celui qu’un songe fortifie.

Cochonfucius

Victor

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Toile de Sabin Corneliu Buraga

Bébé Victor naquit,
se trouva parmi nous,
Un jour son paternel
le prit sur ses genoux
En lui disant, aussi
sérieux qu’on puisse l’être,
‘Tu ne saliras pas
le nom de tes ancêtres’.

Victor, levant les yeux
vers son auguste père,
Les a ouverts tout grands,
en muette prière,
Le père poursuivit :
‘Victor, toi, mon seul fils,
Je voudrais que jamais,
jamais tu ne mentisses.

Victor, en voiture légère,
Ecoute la voix de son père
Disant ces mots de l’Ecriture :
‘Heureux ceux qui ont le coeur pur’.

En décembre et dans la froidure
Que n’est aucune chose mûre,
Le coeur du père eut un arrêt
Quand il attachait ses lacets.

En décembre, en un froid polaire,
On l’a conduit au cimetière ;
Un oncle alors a gratifié
Victor d’un emploi de caissier.

En décembre où gèle la plaine,
Il avait dix-huit ans à peine,
Mais il écrivait proprement
Et soignait bien ses vêtements.

Il prit un logis confortable
Dans un endroit bien respectable ;
Mais le Temps mit un oeil sur lui
Comme un chat sur une souris.

Ses collègues, de joyeux drilles,
Ont voulu le mener aux filles,
Samedi soir, pour s’amuser;
Il a poliment refusé.

Le directeur dans son bureau
Fumait un cigare, et un gros.
“Victor, dit-il, il est bien brave
Mais sa timidité l’entrave”.

Victor dans sa chambre est monté,
Son réveil il a remonté,
Au lit a relu dans sa Bible
De Jézabel la fin horrible.

Ce fut d’avril le premier jour,
Survint Anne, son bel amour,
Et tous les gars du voisinage
Ont pris feu pour ce beau visage.

Le deux avril, d’une fourrure
La belle avait fait sa parure.
Victor en montant l’escalier
D’amour fut pieds et poings lié.

D’abord quand il fit ses avances,
Elle les crut sans importance.
Et puis il a persévéré,
Elle a souri d’un air gêné.

Anne se voyant dans la glace
Se dit avec une grimace :
“Barbant comme pluie, ce Victor,
Mais je me résigne à mon sort”.

Quand ensemble ils se promenèrent,
Il fit sa demande dernière,
Elle l’assomma d’un baiser
Disant “Oui, tu dois m’épouser”.

Début août ce fut leur union,
Elle a dit “Bisou, mon mignon” ;
Dans ses bras il a pris sa reine
Et la nomme Hélène troyenne.

Vers la mi-septembre suivante,
Au travail Victor se présente
A sa boutonnière une fleur,
En retard, mais de bonne humeur.

Sur sa femme il voit qu’on disserte
Auprès de la porte entr’ouverte :
“Ce vieux Victor est le dernier,
Déclarent-ils, à s’en méfier”.

Victor, immobile, en alerte
Auprès de la porte entr’ouverte
Entend un gars dire comment
En voiture être un bon amant.

Victor suit la rue du village,
Puis il se perd dans ses parages ;
Parvient aux sinistres faubourgs,
Pleurant à grands flots son amour.

Victor, faisant face au couchant,
Tout esseulé, va demandant :
“Mon père, êtes-vous dans la nue ?”
Le ciel dit “Adresse inconnue”.

Victor regarde les sommets
Que la neige orne d’un plumet :
“Père, ai-je agi à votre guise ?”
“Aucunement”, répond la bise.

Victor arrive dans les bois :
“Père, reviendra-t-elle à moi ?”
Hêtres et chênes, de leur front
Ont tremblé pour lui dire “Non”.

Victor arrive au pâturage
Où le vent produit son ramage :
“Père, mon amour fut si grand.”
“Elle mourra”, lui dit le vent.

Victor arrive à la rivière
A l’eau si profonde et si claire :
“Père, ne sais ce que je dois.”
“Tue-la”, lui dit le ruisseau froid.

Anne à une table est assise,
D’un jeu les cartes elle a prises,
Anne à une table se tient,
“Mon mari est là qui revient”.

Point n’a pris Valet de carreau
Ni l’Excuse de son tarot,
Ni Roi fou ni Dame perverse,
Mais l’As de pique à la renverse.

Victor se tenait à la porte,
Il n’a dit mot d’aucune sorte.
“Qu’avez-vous donc, mon cher époux ?”
Il n’a parlé ni peu ni prou.

A sa gauche une voix l’exhorte,
A sa droite une autre voix forte,
La voix troisième en son cerveau
Disant “Envoie-la au tombeau”.

Victor prend le couteau à viande,
Ses traits se figent et se tendent,
“Anne, il eût mieux valu pour vous
Ne jamais venir parmi nous”.

Très vite elle a quitté la table
En poussant un cri pitoyable,
Mais lentement la suit Victor,
Comme un cauchemar quand on dort.

Derrière un divan se cachant,
D’une tringle à rideau s’armant,
Ne peut fuir Victor qui la cite
Devant Dieu à être traduite.

La porte elle ouvre avec violence,
En une course elle se lance,
Victor montant les escaliers
La rejoint au dernier palier.

Le couteau au-dessus du corps,
Il entendait chanter bien fort
Le sang : “Je suis, marches rougies,
La résurrection et la vie”.

Sur l’épaule on lui mit la main,
L’hôpital au bout du chemin,
Lui, tranquille comme Baptiste,
Dit “Je suis Fils de l’Homme et Christ”.

Victor a pétri une femme
En argile, et ensuite il clame :
« Je suis l’Alpha et l’Oméga,
Celui qui tous vous jugera »

Texte de Wystan Hugh Auden
Traduction de Cochonfucius

La pesanteur et la grâce

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Toile de Jan Toorop

Certains jours, le destin nous semble obscur et lourd
Et notre joie perdue sous un rideau de pluie.
Simone Weil a dit de ces sinistres jours :
Notre vie n’est pas morte, elle n’est qu’endormie.

Le soir abolira les craintes du matin.
La pesanteur d’esprit, les faiblesses charnelles,
La grâce reléguée aux horizons lointains :
Mais cette humeur n’est pas la tristesse éternelle.

Cochonfucius

Fleurs de nostalgie

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image de l’auteur

En rêve je te vois, paysage natal
Auquel sont consacrés des vers et de la prose ;
Lieu dont les habitants oublient d’être moroses
Et dont j’ai retenu plus d’un mot dialectal.

Ces lignes ne sont pas un chant sentimental :
Juste la nostalgie des lilas et des roses
Et de l’herbage aussi, qu’un ruisselet arrose,
Et du vin qui vieillit au château vicomtal.

Or, de ces quelques mots d’un scribe solitaire,
Rien n’entendront les gens de cette belle terre ;
Car ils m’ont oublié, mais mon coeur les revoit.

Parmi les sons que j’aime et que je me rappelle
Est le chant grégorien d’un moine à belle voix
Qui désormais repose auprès de sa chapelle.

Cochonfucius

Le dieu­-corbeau et le démon-­renard

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Gravure de Arthur Rackham

Le fils du charpentier, sur sa croix accroché,
Tenait entre ses dents le salut de ce monde.
Le prince Lucifer, par le sang alléché,
Vint voir cette souffrance à nulle autre seconde.

Le crucifié trembla en voyant s’approcher
Le dragon ricanant aux manières immondes,
Qui lui dit : « Mon cousin, Dieu est­-il si fâché
Que vous mouriez ici et que l’orage gronde ? »

Oubliant qu’il fallait surtout serrer les dents,
Le crucifié lui parle, et, de ce fait, perdant
Les âmes dont il fut pour un temps le refuge,

Les laisse dévorer par Maître Lucifer,
Qui, le ventre bien plein, s’en retourne aux enfers,
Souriant de lui­-même, et de son subterfuge.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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