Cinq éléphants héraldiques

colonnes.png

image de l’auteur

Ils ont à partager un blason de fortune ;
En ce modeste état, leur pas est assuré,
Dressés en pyramide, ils ont l’air d’espérer
Que par cette méthode ils atteindront la lune.

Or, ils logent pourtant sous l’oeil du vieux Neptune,
Sans qu’il leur ait fallu forte vague endurer ;
Mais d’excellent poisson, ils s’en sont procuré,
Ayant mis à profit les marées opportunes.

Ils ne sont pas trompés par le soleil menteur
Qui veut les endormir de ses propos flatteurs ;
Aussi, chaque dimanche, ils font venir un prêtre.

Par nul genre de mythe ils ne sont abusés ;
Même le Père Abbé n’est pas assez rusé
Pour soumettre leur coeur, et devenir leur maître.

Cochonfucius

 

Dieu des couteliers

ohti.png

image de l’auteur

À l’étage inférieur de sa maison de briques,
Le coutelier travaille au milieu d’un fatras ;
Il n’est pas forgeron, n’a pas d’énormes bras,
Mais il maîtrise bien les plans géométriques.

Or, même quand il est soûl comme une barrique,
Il n’en éprouve point de réel embarras ;
Quand il était petit, Vulcain lui conféra
Le secret de l’acier cubique et cylindrique.

Les grands sabres de fer, les bêches et les socs,
Tout travail réussit à sa fierté de coq,
Sa petite boutique est une armurerie.

Mais très peu d’apprentis montrent de l’intérêt
Pour son noble savoir, qui partout disparaît,
Il restera le seul de cette confrérie.

Cochonfucius

 

 

Archer malhabile

ohla-2

image de l’auteur

Je vais avec mon arc où le devoir m’appelle ;
J’ai le mode d’emploi, tout écrit en latin ;
Mais ma main, cependant, tremble dès le matin,
Je suis loin, me dit-on, d’être un archer modèle.

Puis j’aime mieux flâner avec des jouvencelles,
Bergères sans malice aux jupons de satin ;
Mais si mon adjudant me convoque soudain,
J’abandonne à l’instant la fraîcheur des tonnelles.

L’ennemi comme avant se montre ; comme avant,
Les drapeaux orgueilleux s’agitent dans le vent,
La date de ma mort est encore inconnue.

Pourtant, je penserai toujours à Cordélia
Qui m’offrit sa présence au long de l’avenue,
— Frêle, parmi l’odeur douce du camélia.

Cochonfucius

Vieil ambiloup

ohrt.png

image de l’auteur

L’ambiloup décrépit ne fait aucun voyage,
Il prend des infusions pour débloquer ses reins ;
Il rêve à des trésors, à des monstres marins,
À des fiefs inconnus, à de lointains baillages.

Jadis, en maint endroit il laissa son sillage,
Même à Mittelbergheim, village du Bas-Rhin ;
Mais de rester chez lui le voilà tout serein,
Près d’une librairie qu’il peut mettre au pillage.

Il a depuis longtemps dépassé soixante ans,
Il peut même employer des mots de l’ancien temps,
C’est avec naturel, ce n’est pas pour la frime.

La dernière saison de l’âge, c’est l’hiver :
Un temps pour s’amuser avec deux ou trois rimes,
Évoquer le passé, narrer sa vie en vers.

Cochonfucius

Ambidragon presque sobre

ohvd

image de l’auteur

L’ambidragon se fait vieux
Qui son long passé contemple ;
Il perçoit de mieux en mieux
L’univers aux rythmes amples.

Il occupe un plaisant lieu,
S’efforçant d’être un exemple
Pour les jeunes sous les cieux ;
Mais la taverne est son temple.

Il rit comme un ignorant,
Avec l’âge, c’est courant,
Dès que blanchit la crinière ;

La journée tire à sa fin,
Douce comme la première
Rencontre avec du bon vin.

Cochonfucius

Dame d’Alpha et d’Oméga

ohj.png

image de l’auteur

Dans la petite chambre abritant mon sommeil,
À mes quelques écrits méditant des retouches
Que dès le lendemain sur le papier je couche,
J’ai cru voir une dame aux bijoux de vermeil,

Porteuse d’un message à nul autre pareil
Que Teilhard de Chardin lui transmit de sa bouche,
Amateur de bons mots, théologien farouche,
Ami de l’Écriture, homme du clair soleil.

Teilhard nous a laissé de la poésie pure ;
Il ne disait jamais une parole dure,
Et dans cette indulgence est une vraie valeur.

D’Alpha et d’Oméga la rencontre amoureuse
Forme de l’Univers la chanson bienheureuse ;
Chaque lettre au jardin semble une fraîche fleur.

Cochonfucius

Couleurs emblématiques

7-couleurs.jpg

Composition de Cochonfucius

— Liesse est de sinople, et non mélancolie ;
Sable dit bonnement la simplesse qui va
Et qui à fourberie nullement ne se plie.
De gueules, c’est prouesse, et Quichotte en rêva.

Azur est loyauté qui jamais ne s’oublie,
Richesses sont d’argent que Crésus cultiva ;
Noblesse est d’or très pur, qui à l’honneur se lie,
Hermine est pureté que Jeanne préserva.

Qui sur un seul écu ces sept couleurs arbore,
N’a-t-il la perfection, que lui faut-il encore ?
N’est-il un grand héros rempli de qualités ?

— À toutes ces couleurs pour ton mérite vendre,
Ajoute carnation, cette nuance tendre,
Qui de ton corps humain dit la fragilité.

Cochonfucius

Une cause non résolue

enigma.jpg

Toile de Claudio Omar Rodriguez

L’univers décrit par nos saintes écritures
Est, semble-­t-­il, régi par un noble gardien ;
Un peu comme un dragon qui veille sur des biens,
A lui-­même s’étant donné l’investiture.

Mais, chacun le constate, observant la nature :
Dans le sous-­sol ne sont ni dragons, ni sauriens.
Or, d’autres vont répondre « Attends, ne changeons rien,
Car, de Dieu, le cosmos porte la signature. »

À trancher entre nous, ce n’est pas mince affaire,
Qui peut-­être n’est pas traitable en notre sphère ;
Disons pour commencer que nul des deux n’a tort.

En faveur du déiste a plaidé l’étincelle
De la vie, fulgurante, inimitable et belle.
En faveur de l’athée, la noirceur de la mort.

Cochonfucius

Croire ou ne pas croire

ambidextrous-escher-quills-2.jpg

Dessin de Escher

Au métier de poète, il s’attache une crainte :
C’est (je l’entends souvent) que la vie soit ailleurs.
Mais ceux qui de la sorte ont cru me faire peur
N’ont sur nul de mes vers laissé la moindre empreinte.

Le jour où de rimer sera ma force éteinte,
Je laisserai faucher la faux du moissonneur.
Chaque jour a besoin d’un geste créateur,
Pour avoir quelque chose à fêter d’une pinte.

Qu’importe que le thème à chaque fois varie,
C’est dans ces autres vers la même âme qui prie,
Peu importe avec qui, peu importe en quel lieu.

Et c’est pourquoi je vis heureux dans la nature
Que le langage soit donné aux créatures,
Celles qui ont la foi, celles qui sont sans Dieu.

Cochonfucius

Abraham et Ismaël

ohjz-1.png

image de l’auteur

Ils sont sur un trajet qui sort des habitudes,
Abraham qui navigue avec son grand garçon,
Lequel sait manoeuvrer la nef d’incertitude
Allant vers l’inframonde où tous les diables sont.

Le patriarche craint la proche solitude ;
Mais l’eau du lac obscur, qui jamais ne répond,
Ne déploie envers lui nulle sollicitude.
De cette nef, le vent vient balayer le pont.

L’ordre venant de Dieu, toute révolte est vaine,
Lui qui sait mesurer nos plaisirs et nos peines,
Lui qui connaît le poids de chaque grain de sel.

Le vieillard n’est pas sombre et l’enfant n’est pas triste,
Dur est le grand couteau fourni par l’aciériste :
Dieu pour le retenir enverra Saint Michel.

Cochonfucius

 

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

Actualités de WordPress.com

Les dernières nouvelles de WordPress.com et de la communauté WordPress.