Un seau de boisson forte

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Art rupestre

Le Maître me l’a dit : je suis un bon cheval.
Quand j’eus tiré son char dans la verte nature,
Ayant compris combien cette route était dure,
Le Maître me fit boire à l’Auberge du Val.

Le seau était rempli, ce qui n’est pas banal,
D’un vieil alcool de grain d’excellente facture ;
L’ivresse me confère une fringante allure.
Le Maître boit de l’eau. (Il conduit, c’est normal).

À reprendre la route il a fallu songer,
De l’aimable aubergiste on a donc pris congé.
Je me mets à danser sur les routes du monde.

Je rêve que mon maître, austère logicien,
Est devenu soudain cavalier-musicien.
Je sens, sous mes sabots, que la planète est ronde.

Cochonfucius

Langage du serpent

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image de l’auteur

En rêve, j’entendis l’animal mensonger
Qui n’avait point quitté son vieil arbre immuable.
Le serpent est parfois aux anges comparable,
Bien plus, certainement, qu’aux humains passagers.

Le trompeur discourait sous l’ombrage léger,
Grandement conforté par sa posture stable,
Et sa parole était à l’ombrage semblable,
À l’ombre qui s’étend sous l’arbre du verger.

— Serpent, d’où tires-tu cette langue assurée ?
Et du séjour d’Eden, qui t’a permis l’entrée ?
— Humain, tu es pourvu d’esprit, soudainement ?

Le fruit qui t’a nourri de sa vertu secrète
N’était pas inutile, et la preuve en est faite ;
Mais il te manque encore un peu d’entraînement.

Cochonfucius

Dieu sans emploi

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image de l’auteur

Il n’a pas de cosmos, il n’a pas de troupeau ;
Il n’est ni dieu des flots, ni démon des épaves,
Ni dieu des bons flacons, ni démon de la cave,
Ni dieu des lupanars, ni démon des tripots.

Il n’a pas de servants revêtus d’oripeaux,
Pas de bol qu’on remplit, pas de verre qu’on lave ;
C’est un dieu sans emploi, je le trouve bien brave,
Plus vif qu’une limace et plus beau qu’un crapaud.

En son humble maison dont jamais nul n’approche,
Nous ne l’entendons pas proférer de reproches ;
Il fuit la transcendance et tout ce saint-frusquin.

Il me plaît de parler de ce dieu sans royaume,
Car j’aime les vivants, mais surtout les fantômes
Et les corbeaux tordus qu’on voit dans mes bouquins.

Cochonfucius

Parmi les dunes

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image de l’auteur

Un désert sablonneux autour de moi je vis,
Qu’un soleil éclatant de ses trente rais dore ;
Ne sachant quels ennuis j’allais subir encore,
J’étais dubitatif, et pas vraiment ravi.

En ces lieux écartés, nul ne m’avait suivi,
Sauf un lion familier qui d’azur se colore ;
De gueules son comparse (un émail que j’adore)
Avait aussi rejoint ce coin mal desservi.

Nous étions égarés, nous manquions de breuvage,
Nous ne pouvions trouver le plus petit ombrage ;
Mais un jeune garçon apparut sous nos yeux,

Qui voulait un mouton (ou du moins, son image).
Là, mon rêve a pris fin, dissipant le mirage ;
Mais combien j’aimerais retrouver de tels cieux !

Cochonfucius

Blasonnement hésitant

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image de l’auteur

De gueules, cet écu, cette pure merveille
À deux lions orangés qui dorment à moitié,
À un monstre volant qui dit : Ayez pitié !
(Mais que peut donc bien être une bête pareille ?)

Comment le blasonner, si l’un des lions s’éveille
Et sort pour se livrer à son sort de guerrier,
Ou si d’une antilope il se fait meurtrier ?
(Ou si, sur son museau, se posait une abeille ?)

Ou si, parmi les lions, venait un tamanoir,
Un phoque, un éléphant, un ours, un cheval noir,
Un bestiau non décrit dans la littérature ?

Ou si le vent changeait la teinture du champ,
S’il devenait de sable, ou d’azur, ou d’argent ?
Du cercle, l’héraldique est parfois quadrature !

Cochonfucius

Rêves entrelacés

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Composition de l’auteur

Le prince et le serpent sont l’un pour l’autre un songe,
Un mirage, une ruse, un piège du désert.
Tous deux, brûlés de soif au pays sans hiver,
Tentent de conjurer les ombres qui s’allongent.

L’enfant croit retrouver sa lointaine planète
Dans l’instant délirant qui précède la mort ;
Le serpent veut prouver qu’il est un être fort,
Un peu désemparé quand la preuve en est faite.

Ces âmes, fallait-il les laisser ainsi, seules,
Poison l’une pour l’autre, auprès de ce vieux mur ?
Je n’ai rien pu prévoir, a dit le lion d’azur ;
Je n’ai pas su quoi faire, a dit le lion de gueules.

Cochonfucius

Jacques le Mince

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Selon Cochonfucius, la septième comète que Jacques le Mince a visitée fut habitée par un Criquet. Bientôt, Jacques le Mince est arrivé, le criquet l’a aperçu et a replié ses antennes. Il avait l’air mystérieux.

– Bonjour, insecte. a dit Jacques le Mince. Vous avez un air de mystère.

– Bonjour. Avez-vous fragmenté les repiquages ? C’est pour notre écosystème. dit le criquet.

Jacques le Mince ne savait pas ce que le criquet avait demandé.

– Avez-vous glorifié les idylles? a dit le criquet. Les bons astronautes fractionnent les perditions. C’est pour l’avenir de la navigation spatiale.

– Qui êtes-vous ? a dit Jacques le Mince.

– Je suis un ouroboros. Je suis ton ouroboros. Je prends soin de toi, je délimite les citronnelles. C’est pour la stabilité du cosmos.

– Mais j’ai besoin de solidifier les correctrices. Je ne veux pas fragmenter les repiquages, glorifier les idylles ou fractionner les perditions.

– Tiens-toi bien. Je suis ton ouroboros. Je sais que tout cela est très ineffable. Mais c’est pour l’essor de la civilisation. Fais ce que je dis parce que je suis ton ouroboros.

– Mais… mais… Jacques le Mince s’est tu et a commencé à inventorier les pertinences.

– Je sais que cela te métamorphose. Mais cela me métamorphose encore plus, quant à moi.

«Les ouroboros sont bien étranges. Ils disent que tout est pour l’intérêt général bien compris et accepté, mais tout ce dont ils parlent n’est pas ce que Jacques le Mince a envie de calibrer.», s’est dit Jacques le Mince, en lui-même, durant son apothéose.

Cochonfucius

Un apprivoisement

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Toile de Marianne  Stokes

Quand le prince a choisi de quitter sa planète,
Il a dit à la fleur « Je pars avec amour ».
Il ne pouvait savoir quand serait son retour,
Son trajet n’était pas bien tracé dans sa tête.

Il ne savait de quoi il s’en allait en quête.
Du système solaire il n’a pas fait le tour,
Et son corps sur la terre était beaucoup plus lourd
Que sur son sol natal ou sur une comète.

Donc, lorsqu’il entendit le propos du renard,
Il a compris le sens, avec bien du retard,
De l’apprivoisement, un mutuel baptême.

La deuxième leçon fut celle du serpent,
Maître à la vraie grandeur, même s’il est rampant :
Et son souffle dernier porta les mots « Je t’aime ».

Cochonfucius

Ornithoduc

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image de l’auteur

Voici l’ornithoduc, dans sa grande noblesse.
Son pas est élégant, le jour comme la nuit,
Et même s’il a faim, jamais il n’est réduit
À prendre sur le sol ce que les autres laissent.

La forêt retentit des poèmes qu’il tresse,
Plus d’un commentateur par ses mots fut séduit ;
Il est surtout joyeux à la saison des fruits
Qui le peut soulager de la faim qui le presse.

Venez à lui, lecteurs, apportez avec vous
Des bouteilles de vin, soit du fort, soit du doux,
Car souvent l’on a pu le vaincre par cette arme.

C’est notre ornithoduc, il n’a pas de tourments;
Sa petite existence est un enchantement,
Et même, une duchesse est tombée sous son charme.

Cochonfucius

Piano sauvage

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Assemblage de Cochonfucius

La justice, des droits des papillons jalouse,
Défend de rebondir sur la moindre pelouse :
Les habitants du « N » à cette liberté
Ont renoncé, ainsi qu’un barde l’a chanté.

Mais Philémon survint, et, sans prendre la peine
De lire l’écriteau, rompit la paix sereine,
Rebondissant ainsi que fait un bateleur
Sur le gazon semé de printanières fleurs.

Au tribunal perché, un juge au crâne chauve
Sommé d’une perruque et d’une toque mauve
Examina comment pourrait être puni
Un tel contrevenant. De son code muni,

Le magistrat en lut des mots d’une voix sombre,
Pendant que l’accusé se recueillait dans l’ombre,
Peu conscient d’avoir fait à ce code un affront.
Or, le juge conclut : « De la loi nous tirons

Que tel, qui d’un rebond profana nos rivages,
Est tenu d’affronter notre piano sauvage. »

Cochonfucius

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Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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