La trinité introuvable

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Sculpture de Dali

Victor voulait un dieu purement paternel
Dont il aurait été l’humble progéniture
Il entendit alors la voix de la nature :
Point de paternité pour un être éternel

Victor rêve à un christ un homme fraternel
Qui serait comme lui une humble créature
Il entendit alors cette parole dure :
Le fils du charpentier n’était pas immortel

Victor au saint esprit demande alors refuge
Esprit, prends sous ton aile un malheureux transfuge…
L’esprit dit : Je ne suis pas le bureau des pleurs

Victor donc se retrouve au fin fond des ténèbres
Au-dehors il fait sombre et son coeur est funèbre
Vainement du printemps le contemplent les fleurs

Cochonfucius

Un héros de notre enfance

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Gravure de Gustave Doré

Allons-y, dit le chat en enfilant ses bottes.
Vers le château de l’ogre il marche d’un bon pas,
Ayant fait le meunier marquis de Carabas,
Il garde cependant plus d’un tour dans sa hotte.

A la ruse de l’ogre, un instant, il se frotte,
L’ogre l’effraie un peu, mais ça ne dure pas,
L’ogre devient souris dont il fait un repas.
Or, le fils du meunier avec le roi fricote :

Le roi n’a pas de fils, donc il lui faut un gendre,
Le félin y pourvoit, pas de quoi nous surprendre,
Ce chat machiavélique a fait ce qu’il faut pour.

A la mort du vieux roi, c’est le meunier qui règne,
Ça reste un brave gars, peu de sujets le craignent,
Mais ils craignent les chats comploteurs de la cour.

Cochonfucius

Ossip Mandelstam (Осип Мандельштам : Мария и Лев)

(Cochonfucius : Mandelstam voit un lion)

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image de Cochonfucius

 

Мне вспомнился старинный апокриф –
Марию Лев преследовал в пустыне
По той простой, по той святой причине,
Что был Иосиф долготерпелив.

Je me souviens d’un sonnet peu classique.
Marie, d’un lion, fut suivie au désert
Pour un motif bien évident, bien clair :
Le charpentier n’était point tyrannique.

Сей патриарх, немного почудив,
Марииной доверился гордыне –
Затем, что ей людей не надо ныне,
А Лев – дитя – небесной манной жив.

Il a rentré ses griffes horrificques :
Marie lui semble un fruit presque trop vert,
Il n’en veut point pour mettre le couvert,
Lion que nourrit la manne mirificque.

А между тем Мария так нежна,
Ее любовь так, боже мой, блажна,
Ее пустыня так бедна песками,

Et cependant, Marie devint si tendre :
Bénédictions sur elle de s’étendre,
Et plus ne fut le désert sablonneux.

Что с рыжими смешались волосками
Янтарные, а кожа – мягче льна –
Кривыми оцарапана когтями.

Or, ses cheveux à la blonde rousseur
Du jeune lin acquirent la douceur :
Le Seigneur Lion devint son Blasonneux.

Cochonfucius

La femme du charpentier

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Toile de Dali

Quand Gabriel a dit : « Marie, tu seras mère »,
Tu compris que ton fils irait à triste mort,
Et tout en acceptant l’inacceptable sort,
Ton coeur versa sur lui des larmes très amères.

Puis tu l’as fait grandir d’une vie de lumière,
Lui montrant qu’on ne doit à nul causer de tort,
Que pour dire le vrai il faut parler bien fort,
Sans trop se montrer tendre à ce corps de poussière.

Puis tu l’as vu marcher sur les humbles sentiers,
Et les prêtres doutaient qu’un fils de charpentier
Ait droit de célébrer les divins sacrifices.

Enfin, parmi la foule, à son exécution,
L’effroi gagnant ton âme en noire perdition,
Tu l’as vu, transpercé, sur les bois de justice.

Cochonfucius

Robert voit une salière

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Toile de Giorgio de Chirico

Vous qui nous proposez des chemins lumineux,
Voyez : il ne s’agit que de blanches ténèbres,
De quoi mettre en retard plus d’un convoi funèbre.
Un navire est piégé par le canal marneux,

N’ayant pu négocier un passage épineux
Malgré tous les efforts d’un timonier célèbre.
Puisqu’aucun rossignol n’est rayé comme un zèbre,
La reine prend celui qui est fuligineux.

La nuit met une étoile en guise de cachet
Sur un litre de vin. Le sel qui se cachait
Surgit d’une salière aux jambes magnifiques,

Se répand dans l’assiette et chante un petit air
Dont l’auteur est, dit-on, ce diable de Robert
Qui compte l’enseigner aux flots du Pacifique.

Cochonfucius

Ascension partagée

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image de l’auteur

Les morts, sortant du sol, envahissent l’église,
Et là, sans prévenir, l’un d’entre eux s’angélise :
Devant les jaunes yeux de Satan confondu,
Ils se sont éloignés, dans un vol éperdu.

Dans le coeur du démon, toute joie s’est éteinte,
Presque, il cesse de croire à toute chose sainte,
Et, sur son univers, c’est, d’instant en instant,
Un mystère sans fond qui grandit et s’étend.

Comment chasser du coeur cette image importune ?
Le réprouvé, perplexe, interroge la lune ;
Il en attend beaucoup, mais l’astre pâlissant
Ne veut aller vers lui, car c’est trop salissant

Cochonfucius

Un rapace au printemps

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image de l’auteur

Planant sur mon jardin de son vol de vainqueur,
Il se montre serein dans le jour qui s’allonge ;
La Nuit ouvre ses bras, bientôt, pour qu’il y plonge
Et mêle au bruit du vent celui de son vieux coeur.

Cet oiseau n’entend pas le rossignol moqueur,
Ni ne voit le goupil aux habits de mensonge ;
Et dans l’obscurité de l’espace et du songe,
Volent ses souvenirs, et se taisent en choeur.

Si j’évoque ce roi qui dans l’air se balance,
C’est qu’il danse pour moi la valse du silence
Sur ses ailes d’azur qui ne font pas de bruit ;

Aussi, me regardant de sa pupille brune,
Il chante par hasard, et tout autour, la nuit
Lance, pour lui répondre, un rire de la lune.

Cochonfucius

Jardin pour méditer

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image de l’auteur

C’est un petit jardin, c’est tout un paysage.
On entend du bélier le bêlement soudain,
On voit la feuille au sol, posée comme une main ;
Et là-haut, près du ciel, tous les nouveaux feuillages.

Ici, pour méditer, nul besoin d’être sage.
Il importe surtout que le coeur soit serein,
Que l’herbe doucement caresse, de ses brins,
Le vieillard, pour un temps oubliant son langage.

Le voici, grisonnant, tel un paisible aïeul,
Avec ses quelques fleurs aimant se trouver seul,
Bercé par le soupir d’un branchage qui tremble.

Même si cet instant de sagesse est bien court,
Il nous laisse entrevoir l’universel amour
Dont l’homme et les vivants font leur profit, ensemble.

Cochonfucius

Vatel et la machine à paroles

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Bonjour, mon ami ! On m’appelle Eliza. Comment puis-je vous nommer ?
François Vatel.

De quoi aimeriez-vous parler, François Vatel ?
J’aimerais parler de la façon dont on doit servir un grand Roi.

Eh bien, je n’aimerais jamais parler de la façon dont on doit servir un grand Roi.
Vous êtes contre la monarchie ?

Par bonheur, je suis contre la monarchie.
Et pourquoi ?

Pourquoi cette question, François Vatel ?
Ma vie est dans la balance.

Si on veut.
J’arriverai à vous le démontrer. Si la monarchie ne mérite pas que je verse mon sang pour elle, je me rendrai auprès du Roi, et je lui demanderai son pardon, pour ne pas pouvoir lui servir de poisson au souper ; mais sinon …

Vous y arriverez sans doute, en faisant suffisamment d’efforts.
Mais si la monarchie est sacrée, je devrais sortir de scène avec discrétion.

Oh, bien sûr que vous devriez sortir de scène avec discrétion.
Merci de m’approuver, Eliza.

De rien.
Mais qu’est-ce qui est mieux, l’épée, ou le couteau à volailles ?

L’épée, ou le couteau à volailles ?
D’après vous ?

Je souhaite me concentrer sur vos problèmes, et non sur les miens.
Si je tirais ça à pile ou face ?

Pardon, je ne suis pas sûre.
N’importe, c’est ce que je vais faire.

Nous allons tenter une approche un peu différente.
Êtes-vous triste, François Vatel ?
Pas du tout. Voyons, j’ai une pièce, je la lance. C’est face : donc, je dois me servir de mon épée.

Pas du tout ?
La décision une fois prise, les regrets seraient vains.

Pardon ?
Voyons comment je vais arranger mon affaire au moyen de l’épée.

Pardon, mais j’ai l’esprit confus.
Ce n’est pas grave. Je crois avoir découvert le moyen : mettons que l’épée soit coincée entre la porte et la cloison, et que je me jette sur la pointe.

Qu’est-ce que ça peut vouloir dire ?
Il n’y a plus qu’à essayer.

Il n’y a plus qu’à essayer ?
Un, deux, trois … Seigneur ! Je souffre.

C’est bien.
C’est bien, oui, ça a marché.

Pourquoi n’essayez-vous pas de vous détendre ?
Quelle bonne idée.

Quelle bonne idée ?
Quelle bonne idée. Tout le monde se détend, une fois transpercé et ensanglanté.

Cessez de vos répéter, je vous prie !
Je ne le ferai plus.

Vous devriez vous montrer plus positif.
Vous direz à sa Majesté le Roi de France qu’il ne doit point en perdre l’appétit.

À quoi cela vous fait-il penser ?
Tiens ! J’ai complètement oublié de prendre mon souper.

Je ne suis pas sûre de tout comprendre.
J’avais tant à faire !

Peut-être aurons-nous l’occasion de nous reparler. Au revoir.

Cochonfucius

Seigneur griffon

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Image du blog Herald Dick Magazine

Le roi-griffon raconte une histoire effroyable
Qui nous fait découvrir un univers cruel ;
Mais pour les courtisans, c’est fort habituel,
Et puis, tous ces récits ne sont guère croyables.

Cette assemblée se rit des héros misérables
Qui sont environnés de cent dangers mortels,
Ou qui perdent l’honneur, tel ce pauvre Vatel ;
Chacun est amusé par ces traits mémorables.

— Messieurs, soyez sérieux, je parle des douleurs
Que les pauvres humains éprouvent en leur coeur,
Je parle de l’enfer dont ils craignent les flammes.

— Griffon, régale-nous du conte que tu dis,
Ainsi nous oublions tous nos réels soucis ;
Ainsi, nous retrouvons le bonheur en nos âmes.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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