Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.
Si tu ne le sais pas, l’orpailleur est retors !
Il peut analyser la poussière dorée;
Il excelle à filtrer cette source honorée
En se tenant tantôt sur l’un et l’autre bord.
Il est intelligent, ce chasseur de trésors
Auxquels il consacra son âme enamourée;
La chance est pour longtemps en son coeur figurée,
Il aime les métaux, qui sont de nobles corps.
Il mange ce qu’il veut, ce n’est pas un ascète ;
Il range une pépite au fond d’une cassette,
D’un minerai brillant qu’il ne sait pas nommer.
Si la rivière était recouverte de glace,
Il attendrait, patient, que le flux se déplace;
Le hasard sablonneux, c’est ce qu’il ose aimer.
Au temple sont quarante fleurs écloses,
Plus beau décor ne se peut concevoir ;
Un bel aiglon, tout ravi de les voir,
Au point du jour auprès d’elles se pose.
Pétale et plume un tel tableau composent
Que d’en parler n’est pas en mon pouvoir ;
Et resplendit le temple, à recevoir
Cette grandeur en ses parois enclose.
L’aigle est le fils, autant qu’il me souvient,
D’une vestale et d’un être aérien ;
Les desservants en ont fait leur idole.
Ah, combien fier, ce jeune et nouveau dieu,
Posant sur nous le rayon de ses yeux,
Au grand jamais ne prenant la parole !
La senteur d’une rose étonnamment m’alarme,
En laquelle il n’y a pourtant nul souvenir;
Ou bien peut-être si ? Ça va me revenir,
C’est un moment passé, de sourire ou de larmes.
C’était dans un jardin, près de la rue des Carmes,
Où jadis ont parlé deux coeurs sans avenir
Qui contre Cupidon n’ont su se prémunir ;
Cette amertume même avait un certain charme;
Nos vieux coeurs ne sont pas ce que nous prétendons,
Ce sont d’humbles jardins qui sont à l’abandon !
C’est un feu d’autrefois, dont ne reste que cendre.
Un tel coeur est poussé par la rigueur du vent,
Ça lui donne un élan pour aller de l’avant ;
Mais il suit un chemin qui ne fait que descendre.
Un petit chat prit pour nourrice
(Et ce ne fut pas un caprice)
La douce Margoton.
Et les habitants du village
Venant admirer son corsage
Devinrent fous, dit-on.
Mais les épouses et les vierges,
Les mégères et les concierges
Tuèrent le chaton ;
Brassens en a fait un poème,
Une courte chanson dont j’aime
La saveur et le ton.
Ce qui nous vient de Dieu, parfois il le réclame ; Abraham, sur le point d’égorger son garçon,
Ne songeait nullement à pouvoir dire non
À l’auteur de son corps, et surtout, de son âme.
Le Créateur, ce jour, pour éviter un drame,
A remplacé l’enfant par la chair d’un mouton ;
Mais plus tard, il n’a point épargné son fiston
Ni le torrent de pleurs aux yeux de Notre Dame.
Même un minet choyé par une humble bergère
A subi de sa part un châtiment sévère
Pour avoir offensé le public féminin ;
Aussi, gardez-vous bien de tous les sacrilèges
Et conservez vos coeurs aussi purs que la neige,
Vous qui avez remis votre âme entre ses mains.
Piaf-Tonnerre autrefois s’engagea par amour,
Car en de certains jours il n’eut rien d’autre à faire ;
Ces amours, bien souvent, lui devinrent contraires,
Lui donnant de l’espoir et l’ôtant, tour à tour.
Il fit dedans les yeux d’une brune séjour,
Car elle avait le coeur et l’âme débonnaires,
Mais d’un plus grand bonheur elle fut adversaire
Et son feu s’éteignit au bout de quelques jours.
N’y vois rien d’étonnant, cette histoire est commune,
N’en faisons pas reproche à l’injuste fortune,
Car elle fait métier de perte et déraison.
Piaf-Tonnerre qui rêve à d’anciennes maîtresses
Voit au fond de la nuit les yeux de ces déesses,
Retrouvant les couleurs des anciennes saisons.
Le religieux de la Montagne de l’Est disait à Cochonfucius : «Les habitants de l’Ouest disent que les animaux sont donnés par le Ciel, et que pour cela, il faut lui en restituer. Mais par restituer, ils veulent dire massacrer l’animal.»
Cochonfucius demanda respectueusement : «En est-il des exemples?»
«Plusieurs, répondit le religieux. L’autre semaine, un patriarche, vivant dans une région aride, crut qu’il était de son devoir de massacrer son enfant innocent. Mais sur le point d’effectuer son geste meurtrier, il vit un bélier qui se trouvait là par la volonté du Ciel. Il versa donc le sang de cet animal.»
«L’animal, interrompit le Maître, aurait pu être un porc. Et qu’aurait fait le patriarche?»
«Il aurait dit Hoc est porcus et l’aurait immolé de même.»
«Les habitants de l’Ouest ne montrent-ils jamais nulle bienveillance envers un animal?»
«Ils en montrent parfois, mais l’animal n’est pas sauf pour autant. Ainsi, non loin de l’endroit où le patriarche rencontra un bélier, une bergère vit un tigre minuscule, que dans ces étranges contrées, on nomme “chat”. Ce sont des animaux de compagnie ; mais celui-là, étant fort jeune, réclamait sa mère.
La bergère s’en saisit et l’installa contre sa poitrine. Il s’alimenta du lait de cette femme, ce qu’elle permit avec bienveillance.
Mais les habitants de son village, du moins les hommes et les jeunes garçons, en la voyant agir ainsi, se mirent à négliger les devoirs de leurs charges. Ni le chef du village, ni le messager impérial, ni même l’aubergiste ne surent rester fidèles aux fonctions que le Ciel leur avait imparties.
Il advint même un sacrilège. Un jour tous les sept jours, leur sorcier a coutume d’opérer une double transmutation, par laquelle un aliment devient le corps d’un homme d’autrefois, tandis qu’une coupe de vin devient un calice empli de son sang versé au supplice. Ils en font un repas solennel. Mais cette transmutation nécessite que dans le sanctuaire, soient présents de très jeunes garçons qui jouent un rôle auxiliaire. Lorsque la bergère se mit à nourrir son animal à proximité de ce sanctuaire, les jeunes garçons en question quittèrent les lieux pour admirer un tel spectacle. Au repas solennel des habitants de l’Ouest, ils ont préféré celui que la bergère offrait au tigre minuscule.»
«Le sacrilège, fit remarquer Cochonfucius, appelle un châtiment.»
«Le châtiment, poursuivit le religieux, vint des épouses et des vierges de ce village. En troupe nombreuse, et munies d’armes redoutables, elles massacrèrent l’animal, qui fut ainsi, selon leurs termes, restitué au Ciel. La bergère devint elle-même une épouse. Les habitants de l’Ouest n’instituèrent pas de commémoration pour cet épisode.»
«Ils ne le pouvaient pas, conclut le maître. La victime étant un animal de compagnie, son immolation est entachée d’impureté. De plus, s’il fallait instituer une commémoration pour chaque animal qui se fait injustement massacrer, on n’en verrait pas la fin.»
Cochonfucius entra de nouveau en discussion avec le religieux de la Montagne de l’Est sur les habitants de l’Ouest et les animaux. Cette fois, ils parlèrent des cas où l’animal servait d’instrument au Ciel pour punir ceux qui l’avaient mérité. Le maître en voulait des exemples. Le religieux répondit respectueusement par un bref récit.
« Un animal anthropomorphe se tenait derrière des barreaux. Les vierges et les épouses, venues des villages voisins, admiraient une partie de son anatomie. »
« Laquelle ? », demanda le Maître.
« Ma mère, reprit le religieux, m’a défendu de vous la nommer. Mais les choses changèrent brutalement. La porte de la prison de l’animal, ayant été mal fermée, vint à s’ouvrir. L’animal anthropomorphe en sortit, disant que ce même jour, il la perdrait. »
« Qu’allait-il donc perdre ? »
« Eh bien, sa virginité. Etant quasi humain, il en était fort tourmenté. Lorsque les vierges et les épouses se rendirent compte de son désir, elles se mirent hors d’atteinte. Malgré l’intérêt qu’elles y avaient porté, elles ne souhaitaient pas entrer en contact avec la réalité en question. »
« On parle ainsi d’un amateur de portraits de dragons, qui défaillit quand un vrai dragon s’approcha de lui. »
« La fuite ne fut pas absolument générale. Une épouse, ou plutôt une veuve, ayant plus d’un siècle de vertueux âge, trouvait peu probable que l’animal fût attiré par elle. D’ailleurs, l’idée ne lui en semblait pas trop inacceptable. Près d’elle se tenait un jeune juge, revêtu de son costume d’apparat. Il considérait comme totalement impossible qu’on pût le confondre avec une femelle anthropomorphe. Par la suite, on s’aperçut qu’il avait tort.
Oserai-je vous demander, maître Cochonfucius, au cas où vous auriez à violer un juge ou une ancêtre, lequel des deux vous choisiriez ? »
Le Maître dit : « Si le Ciel me mettait en tel embarras, il est certain que j’opterais pour la vieille femme. »
Le religieux poursuivit : « Ces animaux anthropomorphes sont bien pourvus à certains égards, mais ils sont démunis d’esprit et de bon goût. Donc, ne choisissant point la vieille dame, comme vous et moi l’aurions fait, il saisit le jeune juge par une oreille, et disparut avec lui dans les buissons. »
« Qu’arriva-t-il ensuite ? »
« Par malheur, je ne puis vous le dire. Cela nous aurait certes diverti. Le juge, à un moment crucial, criait comme un enfant, et pleurait tout autant que l’homme que, ce même jour, il avait condamné à la peine capitale. »
Le Maître dit : « Si j’étais un habitant de l’Ouest, j’en ferais bien une chanson. »
Il traverse un jardin où chantent les abeilles ;
Il danse le matin dans les prés verdoyants,
Son léger corps qui va comme l’herbe ondoyant
Ne saurait déranger le barde qui sommeille.
En guise de couronne, il porte ses oreilles,
Chapeau de cardinal, ornement rougeoyant
Qui souligne l’éclat de ses yeux foudroyants
Et donne un meilleur rythme à sa danse vermeille.
Lui obéit le comte, ainsi que le bailli ;
Il use à bon escient des impôts recueillis,
Sa table est bien garnie, sa porte n’est pas close.
Sa mémoire des jours ne garde pas le fiel
Mais les bons souvenirs dont elle fait son miel
Où l’on trouve souvent le parfum d’une rose.
Ces deux vaches de Dieu ont une fort belle âme,
Ainsi que des agneaux, dans ces temps rigoureux ;
Et ces deux bovidés ne feront rien d’infâme,
Même sous l’impulsion de leur corps amoureux.
Vivre la sainteté, ce n’est pas douloureux,
Pas plus que de tracer une phrase au calame ;
Et l’ascèse n’est pas une tranchante lame
Qui pourrait mutiler ces muscles généreux.
Une vache sacrée se distingue entre mille,
Rien que par le parfum que sa corne distille,
Qui peut rendre gentils presque tous les affreux.
Le blason de la vache est un noble mélange
Des monstres de ce monde et de son maintien d’ange,
Comme sont mélangés les faibles et les preux.
Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.