Sonnet du trou noir

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Toile de Andrew Bramer

Un érudit rêva qu’il était un trou noir.
Ce jour-là, on fêtait la sainte Madeleine,
Et le trou noir était plus gros qu’une baleine,
Aspirant le réel ainsi qu’un entonnoir.

Le lendemain matin, notre homme de savoir
Alla se promener sur les quais de la Seine,
Espérant vaguement y croiser un mécène
Ou bien, à la rigueur, un valet du pouvoir.

Sur les quais de la Seine abondent les touristes,
Mais les mécènes, non. Bien sûr, c’est un peu triste
Qu’un rêve aussi joli ne soit pas financé.

Pourtant les érudits, qui sont infatigables,
Poursuivent nuit et jour leurs travaux formidables,
Se changeant en trous noirs, à force de penser.

Cochonfucius

Le rimeur

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Toile de Brueghel

Le rimeur est heureux s’il croit avoir du style,
S’il se sent souverain de la forme et du fond,
S’il croit pêcher le sens à l’abîme profond ;
Mais le sens, par nature, est chose plus subtile.

Les mots ne savent prendre attitude servile,
Assemblages entre eux par surprise se font,
Se croire leur patron, c’est être leur bouffon,
Peu leur chaut, en effet, de se savoir utiles.

Ne les lance donc pas à coups de manivelle,
Mais écoute leur voix toujours un peu nouvelle ;
Avant que d’assembler, regarde les fragments.

Ainsi qu’un échelon vers un beau théorème,
Chaque vers contribue au bâti d’un poème,
Comme, pierre après pierre, émerge un monument.

Cochonfucius

Dragon aptère

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image de l’auteur

C’est l’âme d’un dragon dans le corps d’un lézard,
Magicien sans magie, empereur sans empire ;
Il subit son destin sans jamais le maudire,
Et d’ailleurs, il se fout du tiers comme du quart.

Il fut instruit, jadis, par le roi Balthazar
Qui même lui apprit à sonner de la Lyre ;
Car, sachez-le, ce roi n’est pas un triste sire,
Son goût pour les plaisirs se lit dans son regard.

— Que nous racontes-tu, beau lézard sans éclat ?
Ta vie fut-elle bonne, à ce qu’il te sembla ?
(Mais il ne répond rien, son esprit part en vrille).

Ce très sage animal ne pense pas beaucoup,
Mais il peut cependant nourrir des rêves fous,
Dans lesquels le réel par son absence brille.

Cochonfucius

Ambiduc plantigrade

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image de l’auteur

Cet ambiduc respectable
Est un ours vaillant et fort ;
Il fait partie des notables,
Comme son cousin le porc.

Il garde dans son étable
Une vache aux cornes d’or ;
Ainsi qu’un marchand de sable,
Elle le berce, et l’endort.

En rêve il va sur la lune,
Chevauchant un tamanoir,
Mais il y va pour des prunes.

Il a fort peu de savoir
Et n’exerce aucun pouvoir,
Cet ambiduc sans fortune.

Cochonfucius

Dans le juste milieu

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Toile de Georgios Roilos

Toi, le poète qui es reçu en tous lieux,
Malgré la tentation d’allumer des esclandres,
Ne force pas le trait pour mieux te faire entendre :
Ton texte serait moins, alors, pris au sérieux.

Ton art est de vibrer dans le juste milieu,
Souligner un travers est mieux que le pourfendre.
C’est un art que tu peux facilement apprendre ;
Car je sais que tu es bien assez astucieux.

Mais j’applaudis aussi ton sentiment féroce,
Il pourrait arriver que parfois je l’endosse,
Aussi, tout bien pesé, je ne peux t’en vouloir.

La poésie, un feu qui trop clair se découvre,
Une fleur qui périt aussitôt qu’elle s’ouvre,
Le portrait d’un portrait dans un double miroir.

Cochonfucius

Grasse matinée

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Encre de Picasso

Quand je suis dans mon lit, sur le point d’en sortir,
(D’y rester si longtemps ma conscience me blâme),
Contre un restant de rêve on me voit me blottir
Comme un naufragé dans une barque sans rames.

Ah, du temps, j’en ai eu bien assez pour dormir,
Mais c’est au fond du lit que se complaît mon âme;
La raison de cela, puis-je la définir ?
En dehors de mes draps, peu de choses m’enflamment.

Soyez donc indulgents pour cet aveu sincère,
Plus qu’arbre de plein air, je suis un fruit de serre;
D’un monde en vase clos j’apprécie les parfums.

Mais la chambre à présent s’anime et s’ensoleille,
Il n’est plus temps qu’un corps là-dedans s’ensommeille,
Le chat, par la fenêtre, annonce qu’il a faim.

Cochonfucius

Salamandre en Eden

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image de l’auteur

Privé de ses humains, le jardin fut tranquille,
Ils s’étaient éloignés et le serpent aussi ;
Je ne regrette pas ces créatures viles,
Ma vie de salamandre est sans aucun souci.

Je ne vois pas les jours ni les saisons qui filent,
Je sais bien que Chronos est un dieu sans merci ;
L’âge a déjà rendu mes jambes malhabiles
Et mon oreille sourde, et mon coeur indécis.

Cette terre, pourtant, n’est pas abandonnée,
Même si l’infraction ne fut point pardonnée ;
En leur mémoire l’ont les mages d’Orient.

Je sais que bien plus tard, ils se mettront en marche
Pour aller saluer un enfant souriant ;
Le roi David, alors, dansera devant l’Arche.

Cochonfucius

Un carburant fossile

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Toile de Dalí

Dieu avait réuni, dans un premier Jardin,
Un Adam raisonnable avec une Eve pure.
Le serpent n’a pas pu tenter ces créatures,
Ils ont donc prolongé leur bonheur anodin.

Dieu, de cette vertu, un peu jaloux, soudain,
Sous la pierre écrasa cette verte nature.
Ils ont connu, vivants, la lourde sépulture,
Ceux envers qui l’amour est devenu dédain.

Passe une éternité sous le couvercle gris ;
Ne resta des enfants du premier Paradis
Que chair décomposée en un jus noir qui colle.

Au bout de l’audacieuse expérimentation,
Humant le noir produit de la fermentation,
Dieu vit qu’il était bon, et le nomma «pétrole».

Cochonfucius

Trois architectes

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image de l’auteur

Le projet du premier tient à peu près la route ;
C’est un fier bâtisseur, il fera son chemin,
Le voici, paradant, une maquette en main,
Et sur lui, je n’ai rien à dire, somme toute.

Le deuxième dessine une montante voûte ;
Il est sûr d’inventer la maison de demain,
Car il veut apporter le bonheur aux humains ;
Je dis que ses pareils, souvent, sont en déroute.

Le troisième introduit des solutions faciles,
Il veut qu’un chantier soit un non-événement ;
Si le maçon n’opère aucun détournement,
La pierre lui sera bienveillante et docile.

Cochonfucius

Chien de Dionysos

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image de l’auteur

De celui-ci, la vigne est la seule maîtresse,
Il y passe son temps, il n’y manque de rien ;
Observant les raisins que le soleil caresse,
C’est un gardien sévère, un philosophe, un chien.

Pour lui aussi le vin est source d’allégresse,
Il en a sa ration quand tout se passe bien ;
Il sert les vignerons sans nulle maladresse,
La leçon des flacons, toujours il la retient.

Il rêve dans l’aurore et dans le couchant rose,
Ce chien dont l’existence est une douce chose ;
Si je lui offre à boire, il ne dira pas non.

À ses amours d’antan Dionysos est fidèle,
Ce fidèle animal l’a choisi pour modèle,
Dont la mythologie ne nous dit pas le nom.

Cochonfucius

Héraldie, seconde fondation: 13 mars 2017. (Héraldique et Poésie)

Héraldie est né le 30 avril 2012, ceux qui l'ont fondé sont maintenant partis. Mais moi, Le Fringant Papillon, je reste dans ses jardins pour butiner ses fleurs. C'est là aussi que l'Enchanteur aux mille poèmes a un atelier.

Hortus Closus

Pour vivre heureux, vivons cachés

Parhal, poète....

Poésie musicale, rythmée, parlée ou chantée de sa voix vibrante sur la note de l'Univers.

Comme un cheveu sur la soupe

"On a le droit de le faire" Marguerite Duras, Écrire.

pour une seule note

écoutons à l'infini...

Le monde est dans tes yeux ...

... le premier matin du monde est aujourd'hui ...

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